Scratch-Pet-Land activities

«Usine à pantoufle», vue de l’exposition «Home Made», Bruxelles 1996

«Usine à pantoufle», vue de l’exposition «Home Made», Bruxelles 1996

«Usine à pantoufle», exposition «Home Made», Bruxelles 1996, maquette et photographie

«Usine à pantoufle», exposition «Home Made», Bruxelles 1996, maquette et photographie

Fokus

Laurent et Nicolas Baudoux, alias dj Crol et Tetrapak ont fondé Scratch-Pet-Land (ode à Carpet Land), entité techno familiale bruxelloise qui surfe depuis deux ans environ, sur une vague techno-visuelle dont la régularité, la précision et le secret n’appartiennent qu’à elle.

Scratch-Pet-Land activities

«Sounds are only bubbles», John Cage

Avant d’aménager leur propre plate-forme musicale et plastique, les frères Baudoux exerçaient indépendamment leur talent d’observateurs sur les ritournelles du monde actuel, visions branchées d’un art qui cherchait ses repères au sein de la branchitude. En prise directe avec le continent musical électronique, ils consolidèrent rapidement leurs activités artistiques «officielles» (photographies et production d’objets en petit nombre), au sein du domaine sonore qu’ils délimitaient alors, en jouant dans des cafés et des fêtes alternatives, aux confins d’une techno minimaliste et d’une plastique trashy sans ressources apparentes. Les glissements quasi-insondables et les voies de sortie radicales de leurs beats répétitifs croisaient certaines propositions de Cage (Roaratorio, An Irish Circus) en se souvenant, avec humour, des concerts fluxus qui avaient injecté «du réel» dans la musique et en évoquant même, au tournant d’un sample, la musique concrète et les limites inhérentes à son recyclage.

Sous couvert d’une musique intimiste (sans effets), et d’une esthétique cartonnée «home made» (sans moyens), leurs productions sonores et plastiques, mutuellement élaborées, relèvent davantage des collisions qui les soudent que des recouvrements successifs d’un champ (la musique) par l’autre (les arts plastiques). L’usine à pantoufles (véritable hommage aux environnements de Kaprow et aux feutres Morris), la platine en boîte d ?allumettes (dérivé d’une sono-jeu transportable), les flyers (analytiques), et la vidéo «Square metre f(or)ever» en sont les signes. Pour réaliser la vidéo de «Post-it», les deux frères se sont retrouvés sur la route de Carpet Land. Montées en saccades selon la formule «hasard + calcul», les séquences tournées trouvent leur dynamique autant à travers la réactivation manuelle d’une herbe à chat baladeuse et scratcheuse qu’en face de déballages, tout en longueur et en plis, des gigantesques rouleaux de moquette renvoyés à eux-mêmes grâce à des travellings et gros plans sans ménagements. Au gré des sons visiblement d’une radio en carton, effigie sans lendemain d’un trip sonore formalisé, Carpet Land livre à la caméra agitée et lucide, l’étendue déjà interprétée de ses capacités commerciales sociologiques et visuelles de recouvrement entre les différents niveaux de lecture induits et investis dans la continuité de la vidéo.

En guise de prolongations, les frères Baudoux ont porté leur attention sur la dernière poussée sonore de quelques-uns de leurs 45 tours. En les mettant bout à bout et en les amplifiant avant de les égaliser sur la bande d’enregistrement, ils sont parvenus à faire de «The ending of my brother’s records» un anti-mix, irréductible aux données qui le constituent comme aux déplacements sonores qu’il induit eu égard aux tendances musicales actuelles (speed garage, rasta jungle...). Cette méthode d’expérimentation des séquences sonores suggère une attitude sono-arty qui trouve ses pères en Duchamp, Satie et Schwitters, et qui agit en critique implicite du sample et démontage ironique du vinyle. Elle fut même étendue à une fête bruxelloise retransmise en direct sur le Web le 8 octobre 1997. Ce soir-là, le public était convié à se présenter platine sous le bras et disques dans le sac. Une table de mixage, à laquelle toutes les platines étaient reliées, permettait à Crol et Tetrapak de monter les séquences de fins de disques qui venaient d’être jouées. Il ne s’agissait alors pas tant de tester à nouveau les principes du «Do it» pour lesquels chacun devait choisir son morceau, qu’inaugurer ceux du «Bring it» pour lesquels jouer une fin et conférer le statut d’orchestre à une table de mixage devenait soudainement possible.

Crol et Tetrapak ont ainsi élaboré les éléments générateurs d’un projet (sonore et plastique) aux articulations aussi aléatoires et flexibles que les «bulles» et la cueillette de champignons l’ont été dans la musique de Cage.


Scratch Pet Land sort ce mois-ci chez Source un maxi comportant sept titres dont une version remixée de Post-it par Le Tone, version originale aussi disponible sur Source Lab 3. Quant au single «Ending of my brother’s record», on peut l’écouter et l’acquérir sur le site autrichien Mego (http: //www . icf. de/Mego /). En attendant leur prochain dispositif sono-visuel, on peut se reporter au catalogue de l’exposition «Music for television», Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 21 février – 16 mars 1997.

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