De Rodolphe Töpffer à Spiderman

Kaz · artiste de la BD new-yorkaise underground

Kaz · artiste de la BD new-yorkaise underground

Baladi · jeune artiste vivant entre Genève et Paris

Baladi · jeune artiste vivant entre Genève et Paris

Fokus

Si votre horizon de bédéiste s’est fixé sur Tintin ou Astérix, si vous n’avez découvert le séducteur Corto Maltese que parce qu’il a envahi les vitrines
de Locarno à l’occasion de sa sortie cinématographique, si vous feuilletez les BD d’un œil distrait, bref, si ce mode d’expression n’a, jusqu’à aujourd’hui, guère retenu votre attention, l’exposition «Spiderman in Search of the Picturesque», première exposition présentée par la jeune nouvelle équipe de Forde, risque bien de vous faire changer d’avis.

De Rodolphe Töpffer à Spiderman

Il n’est qu’à traverser une grande librairie un jour de pluie hivernale et devoir slalomer entre les jambes des enfants (mais pas seulement) couchés sur la moquette, silencieux et indéracinables, pour s’assurer que la bande dessinée est avant tout destinée à être lue dans ce rapport intime propre au livre (et ses dérivés). Et qu’elle accroche l’attention par ce rapport indissociable de l’image et du texte. Ce lien, ce mariage de l’image et de l’écriture existe, évidemment, sous d’autres formes: le texte illustré, les dessins d’artistes, privilégiant la drôlerie et l’ironie, accompagnés d’un bref texte-légende, voire les dessins mordants des caricaturistes politiques. Mais la bande dessinée se différencie par le développement d’un récit. À l’arrêt sur image des autres modes de dessin, elle se définit par le déroulement séquentiel. Les images s’enchaînent, s’entraînent, se répondent, renvoient l’une à l’autre. Si donc les préférences de la bande dessinée vont aux supports imprimés, qu’en est-il d’une présentation dans un espace qui se visite? C’est vers une voie plus expérimentale s’éloignant de la forme la plus habituelle de l’exposition BD – l’accrochage de croquis, de planches originales, l’installation de gadgets, d’objets variés dérivés – que l’équipe de Forde s’est engagée en invitant un fin connaisseur à l’imaginer. «Comix For the People» (fondé en 2001), alias Benjamin Stroun, critique de la bande dessinée et artiste, creuse les questions de cette forme d’expression – le neuvième art – au travers de son histoire, de ses relations souterraines avec la culture cultivée et la culture visuelle, de ses dispositifs de lecture, analyse ses données fondamentales, ses structures formelles et ses enjeux en la confrontant à d’autres champs culturels. Forme hybride d’expression, mixant texte et arts graphiques, la bande dessinée souffre, pour Benjamin Stroun, d’un statut «secondaire» du fait même de cette «impureté» de langage à laquelle s’ajoute son appartenance au divertissement de masse. Mais, ajoute-t-il, c’est justement cette «capacité d’hybridation entre les genres et les pratiques – sa possibilité de dialoguer avec le cinéma ou les arts plastiques – qui confère à la bande dessinée toute sa spécificité». L’argument de l’exposition, le challenge pour les auteurs invités consiste à quitter la surface familière de la page sur laquelle ils se penchent et à gagner l’étendue des parois de l’espace d’exposition, à changer d’échelle, à affronter le surdimensionnement et la lecture frontale et verticale. Le «ton» – entendons la mise en place d’éléments qui permettent les renvois du passé au présent et les contaminations de toutes sortes – sera donné par deux grandes figures de la BD, celle de l’inventeur discret de la bande dessinée Rodolphe Töpffer avec la dernière page de son «M. Pencil» (1831) agrandie à des dimensions panoramiques et Kaz, figure importante de la BD new-yorkaise underground contemporaine. Les trois jeunes auteurs, Baladi, Ibn al Rabin et Nicolas Robel vont laisser leurs crayons et leurs plumes, le monde de l’édition – de la reproduction – pour créer des œuvres uniques à partir de leur propre travail avec une donnée nouvelle, l’espace, qui modifie considérablement les conditions du déploiement du récit et la structure formelle. Les images déborderont de leurs propres séquences pour se connecter aux autres œuvres. L’hybridation à grande échelle!

On trouvera sur le canapé de Forde différents textes théoriques sur la BD, des livres, des albums et la revue «9e art publiés par le C.N.B.D.I. ainsi que la catalogue édité pour l’exposition. Forde est un espace d’art con-temporain dont les responsables changent tous les 18 mois. L’association constituée par les anciens responsables choisit les nouveaux sur dossiers. Trois jeunes artistes viennent d’être nommés: Donatella Bernardi, Cicero Egli, Daniel Ruggiero. Ils assureront la programmation jusqu’en décembre 2003 avec pour intentions de «proposer une alternative engagée au public contemporain de l’art contemporain et d’autres domaines de la culture; de collaborer avec des jeunes artistes, d’établir des liens entre eux et des protagonistes culturels reconnus; de traiter de quelques épisodes ou cas de figures contigus à l’art contemporain et de développer un regard oblique sur des mouvements politiques».

Institutionenabsteigend sortieren Land Ort
Forde Schweiz Genève
Autor/innen
Françoise Ninghetto

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