Fri-Art rêve à de nouveaux espaces

Anne Lacaton et Jean Philippe Vassal · Transformation et réaménagement des salles au Palais de Tokyo, Paris (2001)

Anne Lacaton et Jean Philippe Vassal · Transformation et réaménagement des salles au Palais de Tokyo, Paris (2001)

Daniel Robert Hunziker ·
Maquette, échelle 1:50, Réalisée en vue de l’exposition à Fri-Art, «Findling» (2003)

Daniel Robert Hunziker ·
Maquette, échelle 1:50, Réalisée en vue de l’exposition à Fri-Art, «Findling» (2003)

Fokus

En invitant l’artiste Daniel Robert Hunziker et le duo d’architectes Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal à investir conjointement l’un de ses espaces, Fri-Art a souhaité d’une part faire dialoguer deux visions poétiques de l’architecture, d’autre part poser les jalons de son propre réaménagement futur en un lieu plus adapté aux défis posés par l’art du vingt-et-unième siècle.

Fri-Art rêve à de nouveaux espaces

Bien que l’on puisse admettre que l’horizon de l’art, d’ordre symbolique, diffère de celui plus pragmatique de l’architecture, ces deux disciplines multiplient les points de rencontre et se rejoignent en tout cas, via les démarches de certains artistes, dans leur manière de questionner notre relation au monde et à l’espace. Le long débat autour du White Cube aura eu le mérite de susciter un nouveau type d’œuvres, questionnant directement leur présence dans un espace spécifique. Dès lors, nombre d’artistes, à l’image de Daniel Hunziker, n’ont pas hésité à faire de l’espace lui-même une dimension constitutive de leurs travaux. Avec «Findling/bloc érotique», projet réalisé d’abord sous forme de maquette, l’artiste argovien fera intervenir, dans l’espace du rez-de-chaussée de Fri-Art, trois grands blocs erratiques, c’est-à-dire de «vivants» témoins de l’époque glaciaire dans nos régions. Par la présentation de ces trois énormes masses aux formes géodésiques, dont un moteur permet la lente rotation, l’artiste modifie et multiplie les configurations, et par là même la définition de leur environnement. Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal, reconnus internationalement pour leur réaménagement du Palais de Tokyo, se distinguent pour avoir pris leurs distances à l’égard des préoccupations majeures d’une grande part de l’architecture contemporaine, et notamment l’ultra sophistication de la forme. Refusant d’envisager cette dernière comme un problème architectural de base que suffirait à justifier une volonté de constant perfectionnement, ils la considèrent au contraire comme la conséquence finale de l’analyse architecturale d’une situation particulière. En d’autres termes, la forme suit un processus d’induction et non de modelage. Lacaton & Vassal s’attachent également à choisir pour leurs réalisations les matériaux les moins chers possible. Ce parti pris, à la fois éthique et pratique, leur permet d’une part, disent-ils, de renouveler le dialogue avec la maîtrise d’ouvrage, d’autre part de réaliser une économie qui leur permettra souvent de construire plus grand. Adeptes d’une architecture à la fois simple, naturelle et «inévitable», les deux architectes n’hésitent pas à prendre comme modèles de construction la serre horticole, le hangar artisanal ou encore la tente rudimentaire africaine, faite de vieux tissus. En outre, partant du principe que la recherche de la justesse architecturale suppose la possible remise en cause des acquis à tout moment, ils évitent par exemple l’utilisation de maquettes: «Chaque projet part de rien. Nous n’avons pas beaucoup d’idées au départ. Il faut travailler, discuter, aller sur le site, faire des projets qu’on abandonnera [?] On ne fait pas de dessins ou très peu et grâce à cela on ne se laisse pas bloquer par une image».

Toujours à Fri-Art, les artistes Karim Noureldin et Francis Baudevin proposeront une œuvre commune dans la cage d’escalier. «Cette intervention à quatre mains mettra en valeur ce passage comme lieu d’interpénétration, et permettra d’inscrire Fri-Art comme zone d’échanges» (communiqué de presse). Un troisième volet du programme d’expositions du mois d’octobre, intitulé «INTRA EXTRA», proposera des œuvres de Michel François, Ulrike Gruber, Isabelle Krieg, Frédéric Post et Pierre Vadi, réalisées selon le principe du moulage et de l’empreinte. Ce projet, initialement prévu en collaboration avec le Musée d’art et d’histoire de Fribourg dans l’idée de développer des liens entre les deux institutions, n’aura lieu finalement qu’à Fri-Art. Cependant, par le biais d’un affichage dans la ville, il «dévoilera extra muros les thèmes développés par ces mêmes artistes, permettant de reconsidérer notre perception des œuvres dans un contexte urbain libéré du joug des institutions».

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