IRWIN - La géopolitique comme axede travail du collectif slovène

NSK State Pavilion, 57, Biennale de Venise, 2017 Courtesy Galerie Gregor Podnar. Photo: Jaka Babnik

Transnacionala, 1998, Installation, 260x520x120 cm. Vue d'exposition Kunsthalle Osnabrück, Courtesy Galerie Gregor Podnar. Photo: Angela von Brill

Fokus

‹IRWIN, How to Read a Map› au centre d'art Pasquart est le dernier volet d'une série de quatre expositions retraçant les activités du collectif slovène IRWIN de sa fondation en 1983 jusqu'à nos jours. C'est la première présentation d'envergure du collectif en Suisse et se concentre plus particulièrement sur l'influence de la géopolitique dans leur travail.

IRWIN - La géopolitique comme axede travail du collectif slovène

Fondé en 1983 à Ljubljana, le collectif Rrose Irwin Sélavy, nommé ainsi en hommage à Marcel Duchamp, est formé par cinq jeunes peintres: Dušan Mandič, Miran Mohar, Andrej Savski, Roman Uranjek et Borut Vogelnik. Devenu IRWIN en 1984, il sera marqué par les mouvements politiques des années 1990 et l'effondrement du bloc de l'Est. Le langage plastique du collectif se diversifie au fil des années, allant de la peinture à la vidéo en passant par l'installation, l'intervention dans l'espace public et la photographie. Le collectif signe d'une seule main tous les travaux de ses membres, apposant un tampon sur les oeuvres produites. Il s'approprie l'esthétique fasciste et stalinienne, utilise les icônes et symboles politiques ou religieux, ou encore le patrimoine culturel slovène en tant que base de travail.

Neue Slowenische Kunst
En parallèle d'IRWIN, les membres du groupe cofondent avec des jeunes musiciens, des peintres, des performeurs et des philosophes issus de la scène underground de Ljubljana le collectif Neue Slowenische Kunst (connu sous l'acronyme NSK). La NSK, dont le nom met en évidence la Slovénie et non la confédération d'Etats dans lequel se trouvait alors la République socialiste de Slovénie, imite l'esthétique du gouvernement yougoslave, et organise notamment des débats et lectures publiques autour des artistes et scènes artistiques en Europe de l'Est. Structure hiérarchique s'apparentant à un état totalitaire, communication maîtrisée sous forme de manifestes préfabriqués, la NSK se structure sur le modèle des dictatures et tente de démonter, de manière provocatrice, les mécanismes du pouvoir.

Trois ans après la mort du maréchal Tito (1892-1983), la Yougoslavie est mal en point, la crise économique touchant le bloc communiste fait rage et les premières tensions indépendantistes slovènes et serbes se font sentir. Le bloc de l'Est se délite progressivement depuis 1989, et la Slovénie obtient son indépendance en 1991. La NSK perd alors sa première raison d'être critique, et décide, en réaction aux luttes nationalistes, de fonder un nouvel état, qui ne serait pas défini par un territoire mais par la notion de temps. Devenu la NSK State in time en 1992, le groupe copie les nouveaux passeports de la jeune république de Slovénie, modifiant graphisme et contenus mais faisant appel à la même imprimerie. Le résultat très convaincant permit à quelques Bosniaques de pouvoir passer plusieurs frontières à la fin des années 1990 (la Bosnie n'était alors pas reconnue sur le plan international, ses citoyens n'avaient pas de documents valables internationalement). Aucune condition n'étant requise pour acquérir la nationalité du NSK State in time (qui compte actuellement environ 15'000 citoyens, dont une large partie vient du Nigéria), la micro-nation à but artistique se fit dépasser par les demandes en provenance de Lagos dans les années 2010, à tel point que la Slovénie demanda au collectif de préciser que l'obtention de la nationalité NSK ne donnait pas droit à la nationalité slovène.

Si les notions de frontières, nations, identités politiques et artistiques sont centrales dans toute l'oeuvre d'IRWIN, les centaines de demandes de nationalisation reçues par la NSK rendent très concrètes des problématiques d'abord tournées vers le monde de l'art. Elles sont aujourd'hui plus que jamais d'actualité, au vu du renforcement des dispositifs de protection aux frontières et de la montée du nationalisme un peu partout dans le monde. La NSK State tient actuellement un pavillon à la biennale de Venise, ajoutant une nouvelle dimension au projet. Proposant des discussions, collaborations et échanges avec des associations de migrants, elle tente de proposer une nouvelle définition de la notion d'état et de citoyen dans le monde actuel. En relation avec le pavillon, un bureau temporaire d'admission de passeport sera ouvert au centre d'art Pasquart le temps de l'exposition.

Transnacionala & East Art Map
En 1996, IRWIN entreprend une traversée des États-Unis d'Est en Ouest (en passant par Atlanta, Richmond, Chicago, San Francisco et Seattle) avec un petit groupe d'artistes internationaux. Intitulé ‹Transnacionala›, l'idée est de débattre de la possibilité (et surtout de l'impossibilité) de s'entendre sur une identité artistique de l'Europe de l'Est. Ce projet donna lieu à une suite de débats et présentations publiques entre les membres du collectif et les communautés artistiques locales. C'est suite à ce projet, que le groupe amorce ‹East Art Map›, vaste projet de «(re)construction de l'Histoire de l'art contemporain en Europe de l'Est» depuis 1945 jusqu'à nos jours. Considérant que l'histoire de l'art est principalement rédigé par des théoriciens de l'Europe de l'Ouest, le projet tente d'officialiser les pratiques artistiques issues de l'underground en tant qu'histoire de l'art «valable», sous le leitmotiv «[...] l'Histoire n'est pas donnée. Elle doit être construite.» S'il est actuellement plus difficile d'identifier une dichotomie aussi clairement établie entre les artistes de ‹l'Est› et ceux de ‹l'Ouest›, IRWIN a oeuvré pour une séparation de l'artiste de son contexte national et a placé sur la carte des pratiques artistiques ignorées de l'histoire de l'art jusque-là. Le projet est d'ailleurs toujours en cours de développement, ouvert à tous et accessible en ligne sur le site internet dédié au projet.
L'exposition ‹IRWIN, how to Read a Map›, curatée par Julia Draganovićet Claudia Löffelholz (LaRete Art Projects), propose ainsi plusieurs points d'entrée dans une pratique collective imbriquée avec les événements politiques et artistiques de ces trente dernières années en Europe. Une sélection de pièces (de 1992 à 2017) est présentée, rappel de projets emblématiques du collectif combinés aux projets en cours, et accompagnés d'un glossaire compilant les images, signes et symboles utilisés par IRWIN au fil des années. Cette pratique critique et très référencée, est forcément complexe à appréhender au premier coup d'oeil. Elle nécessite que les pièces soient mises en contexte pour que l'on puisse en saisir les enjeux et leur finalité.
Bénédicte le Pimpec est commissaire d'exposition basée à Genève. benedicte@gmail.com

Bis 
19.11.2017

IRWIN est fondé en 1983, à Ljubljana par Dušan Mandič (*1954), Miran Mohar (*1958), Andrej Savski (*1961), Roman Uranjek (*1961) et Borut Vogelnik (*1958).

2017 Museo National Centro de Arte Reina Sofía
2016 Galerija Gregor Podnar, Berlin et au Van Abbemuseum, Eindhoven
2015 Kunsthalle Osnabrück; Museum of Modern Art, Ljubljana

Biennales: Porto Alegre, Brésil (2011), Taipei, Taiwan (2010 et 2008), Moscou (2009), Bruxelles (2008), Sharjah, Émirats arabes unis (2005), Istanbul (2005 et 1997), Limerick, Irlande et Varsovie (2004), Venise (2017, 2003 et 1993)

Ausstellungen Datumaufsteigend sortieren Typ Ort Land
IRWIN. How to Read a Map 22.09.201719.11.2017 Ausstellung Biel/Bienne
Schweiz
CH
Autor/innen
Bénédicte Le Pimpec
Künster/innen
IRWIN

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