No Parking, Please!

Franck Scruti · Mobilis in mobili, 1998. FRAC Aquitaine

Franck Scruti · Mobilis in mobili, 1998. FRAC Aquitaine

Fokus

Installée dans le 10e arrondissement de Paris, l’exposition «Propos mobiles», organisée par Denis Gaudel dans le cadre des actions culturelles de l’Association Projet 10, prend pour décor ou espace d’accueil matriciel le toit-terrasse et la vitrine de Peugeot-Botzaris, des vitrines de garagistes, des places de stationnement, des trottoirs, les «quais» du Canal Saint-Martin, des interstices urbains non stabilisés quoique «gérés» par la Ville. L’exposition réunit, «en situation», des caravanes, des tentes, des mobil homes... prêts à fonctionner. Entre espace public et espace social, l’exposition «en activation» dessine la cartographie de nouveaux lieux de vie pour des œuvres parachutées sur leur territoire d’origine, la rue.

No Parking, Please!

Issue d’une petite réflexion sur le quartier (gares, canal, passages du 10e arrondissement) et ses spécificités sociales et géographiques au sein de la capitale (nombreuses communautés, nouvelles formes d’urbanité), «Propos mobiles» pointe quelques-uns des comportements urbains liés à la conception d’espaces nomades. L’exposition réunit des pièces historiques («Open House» de Gordon Matta-Clark au 110 quai de Jemmapes, «Mobile Linear City» de Vito Acconci au centre de la place du Colonel Fabien) et certains signes de mobilité liés à la question des espaces de survie, de balade et d’expérimentation du réel propre aux années 90: «Mobilis in mobili» de Franck Scruti devant la gare de l’Est, «Booster» de Carsten Höller activé les jours de beau temps pour visiter le 10e arrondissement allongé sur un matelas dans une bulle transparente surplombant une moto, «Escape Vehicle» d’Andrea Zittel, le studio de radio mobile de Rirkrit Tiravanija et Lincoln Tobier réalisé pour la première fois dans un minibus, le «Balse-ô-Drôme» de l’Atelier Van Lieshout, le «Camion vivons remboursés» itinérant de Matthieu Laurette, la tente de Simon et Renaud AAA Corp. qui stationne trois fois 36 heures sur la friche de la rue des Récollets, place Sainte-Marthe et sous le métro aérien du boulevard de la Chapelle, la caravane d’Eric Hattan transpercée par un lampadaire au 143 quai de Valmy...

Ces dispositifs mobiles jouent tous, dans ce contexte, la carte de l’expérimentation de leurs propres conditions de mobilité. De leurs points de vue, les questionnements immanents au déplacement, à l’habitat, à l’environnement et la convivialité s’adressent (de fait) au «réel», autant à travers la nature des inscriptions qu’ils présupposent qu’en regard de l’utopie qui les animent. Tout comme le moteur de leur existence formelle soumet leur capacité à interroger des données socio-politiques constituantes de l’urbanité contemporaine, cette exposition, sans domicile fixe, est conçue sous l’angle éclaté d’une dérive (post-)situationniste qui risque certainement – c’est là tout son intérêt – de s’attirer quelques déboires liés à la détérioration des «pièces».

Car si ces dernières (res)sortent de leur réserve publique ou privée pour se greffer «sur» et «dans» la ville, c’est peut-être pour mesurer l’écart, aujourd’hui déterminant, entre espace public et espace social et non plus seulement entre l’espace public et l’espace privé. Ce qui fait que cette exposition un projet, «avant et après-tout», politique. Dans la mesure où ces dispositifs mobiles parviennent à pointer les difficultés sociales inhérentes à toute forme d’urbanité avancée, il leur revient d’assumer l’échec ou la réussite de leur inscription dans la ville, résultat/passage qu’elles seules peuvent mesurer, n’étant plus appréhendées à travers les filtres de l’aura et de l’emprise des lieux d’exposition dans lesquels elles sont en général montrées. Ce groupement de laboratoires mobiles et éphémères n’insiste pas sur la dimension d’un «art social» dont il serait une forme abâtardie, mais cherche à mettre en place des situations d’expérimentation et d’échanges dont les tenants sont établis et les aboutissants à venir. Cette exposition «live», à géométrie variable et sans position équivoque en regard de toute forme de démagogie (politique) dessine la cartographie récente d’un champ conceptuel articulé autour des ressorts de «l’activation» et du «display», autrement dit, du mode de visibilité et de fonctionnement de ces dispositifs à l’élargissement de leur accrochage.


«Propos mobiles» regroupe des œuvres de Vito Acconci, Jœp Van Lieshout, Gordon Matta-Clark, Franck Scruti, Carsten Höller, Matthieu Laurette, Rirkrit Tiravanija, Lincoln Tobler, Dove Allouche, Simon et Renaud AAA Corp., Eric Hattan, Mathias Delplanque, Gérald Decroux, Alain Bublex, Andrea Zittel. L’exposition a lieu du 24 octobre au 11 novembre à Paris dans le 10e arrondissement. Infoline: 0033 1 42 00 58 55. Bornes d’info: Mairie du 10e, Tipi du Centre Georges Pompidou, Entrepôt Agnès b., Garage Peugeot-Botzaris, Espace Jemmapes. Visites gratuites organisées par le Centre Georges Pompidou: les mercredis, samedis et dimanches, départ 15h devant la Gare de l’Est.

Autor/innen
Alexis Vaillant

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