C’EST ARRIVÉ DEMAIN

Larry Clark · punk Picasso, 2003, courtesy Luhring Augustine

Larry Clark · punk Picasso, 2003, courtesy Luhring Augustine

Bridget Riley · composition with circles 2, 2001, toutes les photos: Blaise Adilon

Bridget Riley · composition with circles 2, 2001, toutes les photos: Blaise Adilon

Fokus

Avec un nombre relativement limité d’artistes, et peu de «révélations», les organisateurs de la dernière biennale de Lyon (l’équipe du Consortium, Bob Nickas et Anne Pontégnie) ont de toute évidence cherché à éviter les écueils propres à la «survey exhibition», notamment celui de l’exhaustivité (et sa prétention sous-jacente à une omniscience improbable). L’affirmation réitérée des mêmes commissaires à concevoir la biennale comme une «exposition» se comprend négativement comme le refus du syndrome «foire», devenu le modèle de ce type de manifestations. Elle se comprend aussi comme l’expression d’une inquiétude quant au devenir spectaculaire de l’art, avec une progression des moyens de production s’alignant progressivement, à force d’expositions «blockbusters», sur ceux de l’industrie culturelle.

C’EST ARRIVÉ DEMAIN

Simultanément, la «confusion actuelle entre événement et grand spectacle» épinglée par l’équipe, devient l’un des enjeux de la biennale. Le choix du titre au générique de l’exposition – «C’est arrivé demain» – sonne comme une indication d’une volonté de se retirer de la «course aux scoops», mais aussi de saisir l’occasion de l’événement pour mener une réflexion sur le genre lui-même, et ses présupposés. L’emprunt de ce titre à l’univers de l’industrie culturelle (en l’occurrence, au cinéma) faisant écho au choix d’un certain nombre de pièces intégrant réflexivement, dans leur forme ou les procédures qu’elles mettent en œuvre, le parallèle structurel entre les productions du monde artistique et celles de l’«entertainment».

L’entrée conçue par Acconci Studio-Len Lye, les environnements de Kusama, l’installation de Carsten Höller, les tableaux-cartes postales touristiques de Katharina Fritsch, le kaléidoscope de Jim Drain et Ara Peterson? rappellent, entre autres, la condition spectaculaire contemporaine de l’art. Le «Cosmodrome» de D. Gonzalez-Foerster & J.-J. Johanson, peut apparaître dans ce contexte comme une illustration de l’idée de Ballard d’une civilisation ayant transformé le futur en «theme park». On peut voir également dans l’installation de Gustav Metzger, «100000 Newspapers», ou le nouveau film de Rodney Graham, «Rheinmetall–Victoria 8», une réponse à la notion d’obsolescence programmée de l’actualité et de la technologie.

Si quelques fils conducteurs peuvent ainsi être trouvés, aucun thème ni sens de la visite n’est imposé (une vidéo de Sara Rossi se joue même de façon loufoque du principe de l’exposition pédagogique, en invitant le spectateur à une visite guidée à l’intérieur d’un Bruegel), la priorité affichée allant au déploiement des œuvres et à leur réception.

Un certain nombre de salles constituent en fait des expositions à part entière, qui tiendraient sans le support du contexte général de l’événement: Betty Tompkins/
Steven Parrino, Larry Clark (la présentation de la totalité du matériau original de son dernier livre), Kelley/McCarthy? Bien que quelques salles dévolues au format-tableau (Wool, Oehlen) reprennent par automatisme les codes en usage dans la monstration contemporaine (soit tapisser entièrement les murs d’un espace imparti de tableaux
de grand format de taille identique), certains accrochages sont remarquables, comme celui de Daan van Golden, installé au fond à gauche, fidèle à sa discrétion légendaire.

Parmi les pièces interrogeant les modalités de la perception, l’exposition hyperréaliste de Xavier Veilhan et une salle de Philippe Parreno valent le détour à elles seules. La lumière devient dans cette dernière une condition de visibilité paradoxale: des affiches imprimées à l’encre phosphorescente absorbent l’énergie de la lumière électrique et n’apparaissent que lorsque la pièce est plongée dans l’obscurité, qui devient le temps pour voir. Tout ceci contribuant, entre autres, à faire de cette édition une exposition exceptionnelle en son genre.

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