Attention dans cinq minutes, je ramasse les copies!

Genêt Mayor · Exposition, Forde, Genève 2005 (vue partielle)

Genêt Mayor · Exposition, Forde, Genève 2005 (vue partielle)

Genêt Mayor · Paysouche, 2005

Genêt Mayor · Paysouche, 2005

Fokus

Artiste plasticien, mais aussi organisateur d'évènements musicaux, directeur de label, Genêt Mayor est un rêveur calme et organisé. Sa récente exposition rétrospective à Forde nous a permis de nous en rendre compte.

Attention dans cinq minutes, je ramasse les copies!

Il ne faut à Genêt Mayor pas plus de quelques mètres d´un grillage léger, d´un rouleau de plastique noir ajouré pour jardin, de plusieurs serre-câbles en plastique et de quelques heures de travail, pour construire un calamar géant dont l´effet est saisissant. Toutes les &#156uvres de Genêt Mayor pourraient donner lieu à de pareilles recettes. À chaque fois, les objets de l´artiste lausannois sont de savants détournements de matériels de petit bricolage, de fournitures de bureaux, de produits de consommation courante, de menus déchets de plastique. «Le matériel de bricolage me permet de travailler efficacement avec mes mains. Quand j´étais plus jeune, j´étais nul en dessin technique. Je n´avais jamais le temps de recopier mes dissertations en français au propre: je faisais toujours des taches. Quand j´ai arrêté de peindre après le gymnase, j´ai commencé à utiliser du matériel plastique trouvé dans le commerce pour faire des sculptures, puis du scotch pour faire des dessins, afin de prouver à mon entourage et à moi-même que je pouvais faire des choses proprement et les finir à temps.1» En usant avec malice de ces matériaux de base, l´artiste propose à chacun de retrouver l´émotion que lui ont offert ses prouesses artistiques de potache.

Genêt Mayor est animé par le goût de convier le monde dans son cartable. Mais l´artiste, issu de l´École cantonale d´art de Lausanne, connaît parfaitement la complexité du monde de l´art et les questions qui précèdent toute élaboration d´un objet sous cet intitulé. C´est sans naïveté qu´il s´enjoue à développer une ?uvre qui, comme le souligne Julien Fronsacq dans son texte de présentation de sa récente exposition à Forde, met dos à dos l´art minimal et l´art brut. En effet, l´usage de matériaux préfabriqués, la récurrence de formes simples, les structures répétitives de certains protocoles de fabrication, évoquent de nombreux héritages théoriques de l´histoire de l´art contemporain.

Son travail de dessin est dans la même veine. Sur des feuilles de papier A4 standard, Genêt Mayor fait courir d´étranges slogans dans une typographie enfantine et maladroite. Ces inscriptions au feutre sont animées de couleurs vives et entourées de motifs décoratifs simples. Au résultat, ses dessins ont une structure formelle proche de celle des jaquettes maladroites des enregistrements de prouesses de rock lycéen ou des maquettes d´affiches de discothèques improvisées. Dans d´autres séries, toujours sur des feuilles aux dimensions standard, l´artiste répète à l´envi un motif simple, difficilement identifiable. Genêt Mayor se révèle, une fois encore, capable de s´immiscer, avec l´air de ne pas y toucher, dans l´interstice subtil entre la réactivation de protocoles artistiques stricts et la pratique créatrice compulsive.

Cette ambivalence entre un jeu sur des recherches formelles, que d´aucuns trouveraient austères et une simulation de l´émotion simple éprouvée à faire émerger des formes, l´artiste s´en sert pour déstabiliser notre regard. Impossible de ne pas s´impliquer. Certains s´émerveilleront donc avec délices des trésors d´ingéniosité requis pour la réalisation de certaines &#uvres, d´autres éprouveront avec plaisir la vacuité révélée par l´absurde de certains partis-pris formels.

Genêt Mayor a une généreuse propension à envahir l´espace qui lui est offert. Un coin de murs sert de point d´ancrage à un vindicatif bouclier (une simple planche trouvée, percée de quatre trous, qui se mue en portrait de grand singe), les poutres d´une salle haute, de support à un énorme calamar dont un tentacule s´allonge jusqu´à frôler le sol. Sur des socles surdimensionnés semblent s´ébattre de petites structures faites de coton-tiges et de cercles de pétards en plastique. Du mur au sol court une forme de mille-pattes colorée, savant assemblage de serre-câbles. Genêt Mayor s´approprie avec détachement, et sans complexe, la question de la présentation. Il n´hésite pas à se saisir de tous les modes d´accrochages possibles. Lorsqu´il met en espace ses &#156uvres, des modèles historiques d´exposition percent avec humour. Tout y passe: l´univers poussiéreux des cabinets de curiosité, l´esthétisme suranné des présentations surabondantes des musées d´histoire naturelle ou d´ethnographie, l´interaction invasive des ?uvres, la présentation austère et dense de documentation, les velléités plastiques de non différentiation du support de l´?uvre et du lieu d´accrochage, le «White Cube», le train fantôme. Aucun des modes indexés de présentation ne semble avoir échappé à son travail.

Loin de considérer que sur cette planète qui ne connaît plus de terra incognita, tout a déjà été vu et présenté, Genêt Mayor fait entrer l´ampleur et la diversité du monde dans son quotidien. Il fait apparaître des monstres, des animaux imaginaires, des objets à la destination étrange. Il élabore une diversité de formes qui pourraient être celles enfermées dans les carnets d´un explorateur. Alors qu´il rejoue, parallèlement, des expériences formelles historiques dont sont emplis les manuels d´histoire de l´art. Pour s´autoriser à convier notre regard sur ce joyeux fatras, il utilise, non sans plaisir nécrophage, les armes du détournement. Il s´en prend avec une joie apparente à la longue liste des carcans idéologiques qui confinent trop souvent le monde de l´art à une austère assemblée. Il invite le spectateur à son propre étonnement. En nous entraînant avec lui dans les méandres de son rêve d´évasion, Genêt Mayor redonne un sens réel au plaisir du jeu qui amène à penser ce monde en un espace de liberté.

1 Entretien entre Genêt Mayor et Fabrice Stroun paru dans le livret accompagnant l´exposition du prix Manganel à l´Elac en 2000.

Expositions personnelles récentes: Septembre-octobre 2005; «Genêt Mayor», Forde, Genève; Avril 2005: «Dream Catcher», Galerie Abstract, Lausanne
Expositions collectives récentes: Juillet 2005: «Enchanté Château» Mamco-Fondation Salomon, Château d'acute;Arenthon, Annecy; Mars 2005: «Sweet Security», Donald-Arsenic, Lausanne; Janvier 2005: «Accrochage». Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne

Institutionenabsteigend sortieren Land Ort
Forde Schweiz Genève
Autor/innen
Samuel Gross
Künstler/innen
Genêt Mayor

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