Hannah Weinberger — We didn’t want to leave

Hannah Weinberger · Art and Life, 2014, performance et installation sonore, Courtesy Institut für Kunst HGK FHNW. Foto: Christian Knörr

Hannah Weinberger · Art and Life, 2014, performance et installation sonore, Courtesy Institut für Kunst HGK FHNW. Foto: Christian Knörr

Ausstellungsansicht KUB Arena, Kunsthaus Bregenz, 2014. Foto: Christian Hinz

Ausstellungsansicht KUB Arena, Kunsthaus Bregenz, 2014. Foto: Christian Hinz

Fokus

Hannah Weinberger est la lauréate de la première édition du Swiss Emerging Artist Prize 2018. Ce prix est l’occasion d’une exposition au CAC Genève. La jeune bâloise propose d’occuper tout l’espace avec une œuvre sonore unique et éphémère. Surprenante expérience immersive qui se termine au 4e étage avec un film auquel elle a prêté sa voix à la bande-son.

Hannah Weinberger — We didn’t want to leave

Le Centre d’Art Contemporain Genève avait déjà exposé Hannah Weinberger lors de la Biennale de l’Image en Mouvement en 2014. Elle avait alors présenté ‹Curtains›, une série de rideaux qui jouait à la fois sur l’aspect visuel et acoustique. L’installation intimement liée au contexte mêlait images et sons produits pendant la Biennale. Le lien récurrent à la situation et à la configuration spatiale du lieu se retrouve dans l’exposition actuelle. ‹We didn’t want to leave› tient compte des déplacements des visiteurs, mais aussi d’éléments extérieurs qui impactent et transforment constamment l’expérience de la visite. Pour cela, il y a tout un travail d’enregistrement en amont de l’installation. Seule la présence physique et discrète du dispositif – enceintes, capteurs, rideaux et projecteurs – argumente l’esthétique minimale de l’expérience acoustique. Le processus d’inclure le son dans son travail artistique s’est fait très tôt. Tout a commencé pendant sa formation artistique à Zurich. Au cours de l’une de ces nombreuses soirées entre étudiants faites de discussions et de repas préparés ensemble, l’idée lui est venue de remplacer le repas par une rencontre improvisée autour d’instruments de musique. Le concert annoncé à l’avance a suscité de l’intérêt et s’est révélé une expérience passionnante. Tous se sont prêtés au jeu, même ceux qui n’avaient pas une réelle pratique instrumentale. Pour la jeune artiste, cette intuition performative fait écho à la démarche de l’Anglais Cornelius Cardew dont elle a découvert l’œuvre par la suite. Ce performer et musicien doué s’était consacré à l’expérimentation musicale à la fin des années 1960 en proposant d’y inclure des non-musiciens ou ce qu’il a appelé des « innocents musicaux ». Comme lui, Hannah Weinberger est fascinée de constater en réécoutant plusieurs fois l’enregistrement que, malgré la cacophonie, il y a bien une ligne musicale qui se dégage, un peu comme la bande-son d’un film imaginaire. Une étrangeté de l’improvisation qui l’a marquée et poussée à répéter l’expérience.

Moments de mémoire
Ce rapport expérimental au son, elle le développe au cours d’une première exposition monographique en 2012 à la Kunsthalle de Bâle. Pour cette installation, l’artiste avait composé vingt-deux heures d’enregistrement. L’impact visuel était réduit, simplement marqué par l’élégance des haut-parleurs et des rideaux destinés à améliorer l’acoustique.Les sons synthétisés, ukulélé et percussions, ainsi que des extraits musicaux tirés d’émissions radiophoniques étaient associés en plusieurs boucles. Les variations et les chevauchements sonores changeaient d’une salle à l’autre. Le visiteur amené à se déplacer créait sa propre écoute et de sa déambulation construisait une forme de composition musicale apportant une qualité différente au lieu. Depuis cette expérience bâloise, Hannah Weinberger a constitué des bandes sonores originales inspirées par chaque contexte d’exposition. Suisse, France, Allemagne, États-Unis, elle s’est attachée à créer des compositions à partir de sons collectés sur place ou dans la rue. Une façon d’introduire des éléments connus du public, de provoquer des rappels, des évocations qui se reconstruisent autrement. Dans cet esprit, elle a produit des vidéos. Dans chaque ville visitée, elle a filmé des paysages, des détails, des animations populaires, des animaux, etc. pour former une sorte de « found footage » dans lequel elle puise son matériel visuel et sonore. Les principes sont les mêmes, elle collecte, recoupe, recadre les images, les répète, les anime. Elle invente ainsi des atmosphères familières et éphémères, parfois surprenantes quand le son et l’image se télescopent. Ce qui l’intéresse, c’est notamment cette donnée du souvenir en rapport avec l’écoute et la difficulté à évoquer ce qu’on a entendu plutôt que ce qu’on a vu. Un esprit de collage qu’elle illustre aussi dans ses interventions qui mettent sur le même plan plusieurs temporalités. Au lieu de réaliser une performance à la Foire de Bâle, elle a préféré inviter un musicien zurichois : certains l’ont reconnu, d’autres passaient sans y prêter attention et d’autres encore le remarqueront ensuite à l’aéroport de Zurich où il joue régulièrement depuis plusieurs années. Elle aime susciter ces écarts d’attention qui évoquent les réminiscences parfois inattendues de la mémoire.

Rythmes complémentaires
À Genève, Hannah Weinberger propose une nouvelle étape dans sa démarche en travaillant plus particulièrement sur les contrastes. L’artiste a pensé l’exposition comme des moments différents et complémentaires. Elle a investi les deux étages en les considérant comme un tout. L’exposition est construite autour de deux temps acoustiques : l’un avec un effet sonore « Grande salle » et l’autre avec un son plus fermé. La grande surface du deuxième étage diffusera des variations toniques, pas seulement tirées de la gamme pentatonique que l’on connaît, mais aussi inspirées d’autres cultures comme par exemple le système tonal indien. Le défi étant bien sûr de trouver une forme d’harmonie. Grâce à un ensemble complexe de capteurs, les sons synthétisés s’activeront en fonction du nombre de personnes et produiront des morceaux cohérents. C’est notre présence qui détermine les compositions musicales et donc ce qu’on entend de loin n’est jamais pareil à ce qu’on entend en immersion. De plus, des projecteurs nous renvoient notre image de dos. Un jeu des contraires qu’on retrouve au 3e étage où se poursuit l’exposition. La lumière met cette fois en scène un théâtre d’ombres. La déambulation est associée à la démultiplication des silhouettes ombrées des visiteurs. Des paradoxes visuels qui ne sont pas sans évoquer le titre de l’exposition où s’exprime la contrainte de partir. Évocation peut-être des gens poussés sur les routes de la migration … Le 4e étage est en quelque sorte une invitation au voyage et aux souvenirs. Avec ‹Radio Garden›, qui répertorie sur Internet les radios sur une carte du monde, la simple présence du visiteur enclenche le choix aléatoire d’un canal. On entend alors toutes les langues, des bulletins d’informations, de la musique ou des débats. Une mise en perspective de la globalisation, mais aussi un récit imaginaire d’un point à l’autre du globe terrestre. Quant au cinéma Dynamo, il projette le récent film ‹Ocean de ­Amore›, deuxième volet de ‹Army of Love› (2016) d’Alexa Karolinski et Ingo Niermann. Un projet auquel Hannah Weinberger a participé avec la bande-son qu’elle a modulé uniquement avec sa voix. Une autre facette de cette artiste dont les interventions offrent une expérience sur mesure au sein d’une œuvre en perpétuelle mutation.

Nadia El Beblawi, critique d’art, web éditrice, vit à Bâle, nadia.elbeblawi@gmx.ch

 

Bis 
05.01.2020

Hannah Weinberger (*1988, Filderstadt), vit à Bâle
2013 Master en arts visuels à la Haute-Ecole d’art de Zurich (ZHdK), filière transdisciplinaire

Expositions personnelles (sélection)
2018 ‹When Time Lies›, Villa Merkel, Esslingen
2017 ‹Sounds Like News›, Istituto Svizzero, Rome; ‹You can just reach for me›, Kunstverein Braunschweig
2016 ‹Labor 0 Labor›, La Friche, Triangle France, Marseille
2014 ‹Open Tunings›, MIT List Visual Arts Center, Cambridge, USA; KUB Arena, Kunsthaus Bregenz
2013 FriArt, Kunsthalle Fribourg
2012 ‹When you leave, walk out backwards, so I’ll think you’re walking in›, Kunsthalle Basel

Expositions collectives (Sélection)
2018 Art Parcours, Art Basel; ‹The Marvellous Cacophony›, 57th October Salon, Belgrade
2016 ‹Okayama Art Summit›, Development, Okayama
2013 ‹Meanwhile … Suddenly and Then›, Biennale de Lyon, La Sucrière et MAC, Lyon

Ausstellungen/Newsticker Datum Typabsteigend sortieren Ort Land
we didn't want to leave 08.11.201905.01.2020 Ausstellung Genève
Schweiz
CH
Autor/innen
Nadia El Beblawi
Künstler/innen
Hannah Weinberger

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