Anne Keller

Du raffinement des expériences sensibles, 1998. Haschisch, vis pour miroir, vitre, 21 x 21 cm. Collection particulière. Photo: T. Keller

Du raffinement des expériences sensibles, 1998. Haschisch, vis pour miroir, vitre, 21 x 21 cm. Collection particulière. Photo: T. Keller

Fokus

Originale dans le domaine de l’édition, Anne Keller s’exprime autant en sérigraphie que sur d’autres supports. Multiples sur verre, photographie, pliage en papier, elle révèle à travers son rapport essentiel à la couleur toute une expérimentation de la manière dont l’oeuvre s’offre au regard.

Anne Keller

Le travail d’Anne Keller se perçoit autant dans une lecture individuelle que dans les rapprochements qu’elle établit régulièrement avec Jacqueline Benz et Nicolas Perrin, deux artistes genevois auxquels elle s’est confrontée à l’ESAV, il y a quatre ans, et avec lesquels elle expose sous le label «Réunis en collectif». Ces rencontres s’entretiennent autour des rapports au pictural, en particulier dans sa démarche vouée à l’expérience du monochrome.

Pour autant, l’oeuvre de cette artiste prend diverses formes et s’associe à plusieurs techniques. L’édition, que ce soit la sérigraphie ou des multiples sur verre, tient une place importante. Dans sa recherche, elle établit souvent une expérimentation systématique des couleurs primaires. Telle la série des six nuances de bruns (1995) qui sont le résultat de la superposition dans tous les ordres possibles du bleu, jaune et rouge. Le rendu d’une qualité très subtile renvoie à une oeuvre récente intitulée «O en couleur». Un clin d’oeil à Olivier Mosset dont la démarche picturale et l’enseignement ont beaucoup nourri son propre développement artistique. Mais cette fois-ci, ce sont les variations de pression et d’encrage du caractère typographique qui offrent toute la sensibilité colorée. Le détournement d’objet est également un aspect du travail d’Anne Keller. Ainsi, cette suite de surfaces monochromes formées de fermetures éclair (1999). Autres sens et autres rapports à l’image. De même, ce panneau constitué d’un détail d’une photographie de la mer. Répété, ce détail crée un ensemble où domine les couleurs bleue, turquoise et grise, tout en effaçant le point de vue, l’artiste relativise notre compréhension de l’image en dehors du motif.

Dans son souci de nous rapprocher de l’élément constitutif de l’oeuvre et de jouer sur l’éloignement nécessaire pour regarder la globalité, elle utilise parfois le vitrage comme un support. Sur le carreau de la Galerie Stargazer, lors de son exposition en 1997, elle a cherché à troubler la vision du visiteur. Avec un vernis légèrement opaque, elle a recouvert la partie centrale de la vitre, puis a gratté la surface de manière régulière. Elle a imposé à notre regard un élément anodin de l’espace, sans véritablement désigner l’oeuvre. Par ce choix, l’artiste joue également sur les termes de permutation (nous et notre environnement sommes également reflétés dans l’oeuvre) et de transparence. La régularité des hachures évoque également son goût pour le motif de la grille qui se retrouve souvent dans son travail.

L’exemple le plus troublant est probablement cette photographie d’un dos recouvert de petits de carrés. A nouveau, nous sommes amenés à établir un manière de va-et-vient du regard entre le corps, qui constitue le support, et le motif qui établit une sorte de frontière visuelle. Ces deux orientations se retrouve parfaitement exprimées dans l’oeuvre destinée à l’exposition du Fonds de décoration et d’art visuel de l’Etat de Genève (FCDAV) réalisée à l’aide d’un miroir ovale où les unités qui composent la grille sont à nouveau grattés. Cette lecture particulière est également très fortement ressentie dans une récente intervention dans un Collège, où deux vitrages de vingt mètres, placés à distance, sont recouverts sur chacune des surfaces oblongues d’une teinte particulière de points jaunes. Le regard peut donc découvrir les panneaux en transparence et même jouer avec la lumière naturelle qui se laisse voir en bout de bâtiment.


Autor/innen
Nadia El Beblawi
Künstler/innen
Anne Keller

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