Joyeux Anniversaire Raoul!

Raoul Pictor cherche son style?
copie d’écran

Raoul Pictor cherche son style?
copie d’écran

Fokus

Pour fêter cet événement, Hervé Graumann propose aux visiteurs de
traverser l’écran et de découvrir l’atelier de Raoul Pictor en trois dimensions. Avec au sol, l’installation d’un «pattern» aussi ludique que coloré et au mur, une image gigantesque issue du génie aléatoire de Raoul Pictor, le lauréat du Prix Manor 2003 exemplifie l’originalité de son travail. Une célébration bienvenue pour savourer l’ironie subtile et réjouissante de ce pionnier de la création virtuelle.

Joyeux Anniversaire Raoul!

Les 10 ans de Raoul Pictor

Dix ans déjà? comme le temps passe vite! Et pourtant, il semble que c’était hier qu’Hervé Graumann branchait les derniers câbles, installait des cartouches d’imprimante flambant neuves, plaçait l’ordinateur à la portée des visiteurs, et offrait ainsi à Raoul Pictor un magnifique atelier de peinture qui sentait encore frais la laque des pixels et le vernis du logiciel. Le premier peintre virtuel venait de naître. Jeune éphèbe à la résolution approximative, il cherchait alors son style. Aujourd’hui mature, l’a-t-il trouvé? Bien entendu, cette parodie du peintre artisan, pleine d’humour et d’ironie, n’en laisse pas moins les innombrables sous-entendus esthétiques se déployer avec subtilité et raffinement autour de cette sage révolution. Tandis que l’usage naissant de l’informatique dans l’art suscitait craintes et suspicions, Raoul Pictor fut le premier à démontrer, par la grâce de ses coups de pinceaux binaires et la beauté de ses jets d’encre, que le peintre virtuel n’ôtait rien à la matérialité du monde ni au plaisir procuré par l’œuvre d’art. Car il y a un réel plaisir à observer Raoul dans son bel atelier tandis qu’il cherche l’inspiration sous son béret, feuillette les livres de sa bibliothèque, s’abreuve goulûment et se laisse absorber par des rêves diurnes dans un confortable fauteuil. Face à l’écran de l’ordinateur, l’amateur d’art n’en est pas moins placé derrière la toile, comme le modèle du peintre. Intrigué par cette peinture de chevalet binaire, subjugué par le vertige de cette incongruité picturale, il se laisse glisser dans la suave douceur liée à l’attente d’un plaisir à venir; et il s’amuse d’autant plus de la surprise qu’il aura su attendre pour cliquer sur la touche décisive du «OK» de l’impression, et enfin obtenir une œuvre unique et originale, créée pour lui seul, estampillée et signée du nom de l’artiste. Tel le Mickey de «Fantasia», à jouer les apprentis sorciers de l’informatique, Hervé Graumann a engendré un être qui a pris goût à l’indépendance. Autonome et pléthorique, ses peintures s’auto-génèrent et se multiplient à l’infini comme les balais en marche de Walt Disney. Tant que la magie perdure, Raoul Pictor peut encore couler de vieux jours au gré des évolutions techniques et de l’imagination de son auteur. Cependant, l’œuvre d’art à l’ère de sa production par jet d’encre n’est pas la seule création de l’enchanteur Graumann. La poésie s’active dans ses autres créations tridimensionnelles. Il suffit au visiteur de s’amuser à détailler et à parcourir le trajet symétrique de son immense «pattern» de 5 m x 6 m disposé sur le sol du musée pour s’en persuader. Comme dans toutes ses œuvres, l’artiste associe un humour subtil avec une vigoureuse prédilection pour tout ce qui relève de la série, du code, des multiples dimensions de la réalité (virtuelle, matérielle, imaginaire) et de la combinaison de ces éléments les uns avec les autres. Il manipule l’aspect fortuit des systèmes, la production aléatoire d’un programme informatique ou la rigidité d’un code alphabétique pour générer des créations toujours empruntes d’une touche d’imaginaire, dotées d’un mélange équilibré entre l’artificialité du signe et la contingence des éléments. Pour cet anniversaire au Mamco, en matérialisant l’espace virtuel de l’atelier de Raoul Pictor, Hervé Graumann poursuit la logique de sa double démarche qui s’exprime à la fois comme une nostalgie de la matière dans le virtuel (par exemple dans les épreuves originales de Pictor) et comme une nostalgie du virtuel dans la matérialité de ses travaux (par exemple, dans la multiplication sérielle des modules qui composent les «pattern»).

Werbung