Bruno Serralongue

Help, Help, Help, WSF Mumbai 2004

Help, Help, Help, WSF Mumbai 2004

Workshop: Let?s Create Solidarity of Workers confronting Multinationals, WSF Mumbai, 01.19.2004., courtesy Galerie Air de Paris, Paris

Workshop: Let?s Create Solidarity of Workers confronting Multinationals, WSF Mumbai, 01.19.2004., courtesy Galerie Air de Paris, Paris

Fokus

Prendre le monde en photo, ses
rassemblements et communautés éphémères, ses points chauds, ses actualités et en faire sa vie, caractérise a priori le travail du photographe de presse. En tant que producteur d?images, Serralongue ne s?est pas résigné à vivre entre les filtres médiatiques, il se déplace, observe et invite à ?(re)voir les actualités? dans une époque qui, de manière paradoxale, fait l?apologie de l?événement et crée de l?oubli.

Bruno Serralongue

Du 16 au 21 janvier dernier, Bruno Serralongue s?est rendu à Mumbai (ex-Bombay) afin d??assister? au Forum Social Mondial sis au nord de la ville dans des halles immenses et dans des petits lieux improvisés décorés très simplement (morceaux de moquette au sol, chaises en plastique, ?paper boards? et fanions colorés suspendus) destinés à accueillir conférences et tables rondes antiglobalisation. Ce Forum souhaitait juxtaposer ?mass organisations et mouvements sociaux pour construire des alliances, créer un monde plus juste et s?opposer aux modèles inéquitables de la globalisation?. À côté, un autre forum beaucoup plus virulent s?est mis en place dans des tentes de fortune: contre la guerre en Irak, contre l?impérialisme américain? des orientations finalement moins génériques et moins théoriques que celles du WSF. La cérémonie de ce forum ?parallèle? a débuté par l?Internationale. La tendance est plus hard. Le quartier nord est alors envahi de banderoles qui présentent les associations, les mouvements et les workshops eux-mêmes relayés par des tracts suspendus, distribués, affichés. Des détails? Un environnement plutôt, celui du WSF. C?est la dernière série photographique de Serralongue qui nous le dit et non le site web du WSF ou les vagues souvenirs d?images ?publiées pour l?occasion?. Serralongue ne dissocie jamais l?environnement de l?action, il le fait sans séduction ni effets, prenant ainsi le contre-pied de la réduction du cadrage dans la photo de presse d?aujourd?hui, stratégie de dramatisation de l?actualité. Son ?approche? est dénuée de toute critique morale (genre, je m?arrête sur ce que les autres ne voient pas), là aussi il sait que les rédactions démagogues ne publient pas ce qui ?intéresse personne?. Il suffit de voir cette série (17 vues) pour réaliser qu?il ne restait véritablement pas d?image des ?événements? de Mumbai auparavant, c?est-à-dire avant qu?on s?en souvienne. Sans doute parce que la série est une série et qu?elle arrive après les événements. Aussi parce que Serralongue en est auteur et que c?est l?acuité de son regard qui lui suggère à merveille la distance qu?il doit prendre par rapport au ?sujet? et que chaque image signifie. Enfin parce que les canaux par lesquels elle devient visible (le monde de l?art pour aller vite, mais aussi un insert dans le supplément ?culturel? de la ?Vanguardia??) n?obéit pas aux nécessités de doubler l?info par l?image et vice versa. Ces images démontent implicitement les logiques actuelles de médiatisation de l?information et les besoins de ?couvrir?, précisément, chaque événement dans son instantanéité propre pour qu?il existe? et meurt. Pas étonnant que personne n?ait entendu parler de la Délégation de prostitués hommes, femmes et travestis, qui défilait sur ce que Serralongue a appelé la ?Parade Avenue?. Pas étonnant non plus que le groupuscule du Bhoutan, territoire situé au nord de l?Inde, dans lequel les droits de l?homme sont bafoués et la liberté d?expression inexistante, n?ait ?intéressé? personne. Pour preuve, deux mois après le Forum, le site www.wsfindia.org non seulement ne publie aucune image en ligne de ces cinq jours, mais a laissé le programme comme s?il était à venir, comme s?il n?avait pas eu lieu. Le travail de Serralongue empêche l?actualité de devenir juste un souvenir en venant juste après lui. En photographiant un syndicat aussi improbable que le ?Nepal Film Workers Union? ou le groupuscule du Bhoutan, il jette un doute profond sur l?existence photographique de l?actualité, ici celle de WSF 2004, à l?époque du direct et de l?anticipation informationnelle. Avec une très grande subtilité, Serralongue agit au c?ur et aux antipodes de la fabrique médiatique, à son échelle. C?est là que réside son projet politique.

Institutionenabsteigend sortieren Land Ort
Air de Paris Frankreich Paris
Künstler/innen
Bruno Serralongue
Autor/innen
Alexis Vaillant

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