Dessins à l'elac

Jacques Bonnard · Sans titre, 2003, aquarelle et acrylique sur papier Fabriano, 12,5 x 18 cm

Jacques Bonnard · Sans titre, 2003, aquarelle et acrylique sur papier Fabriano, 12,5 x 18 cm

Fokus

Jacques Bonnard, Jean Crotti et
Claude Sandoz exposent trois conceptions du dessin comme aventure intime, entre scansion, écart et répétition. De la pyrogravure au trait assisté par ordinateur, en passant par le geste spontané au crayon, les ?uvres se déclinent en séries plus ou moins homogènes. L?elac rend hommage à trois poètes de la page habitée.

Dessins à l'elac

Le dessin, c?est se répandre au plus près de soi. C?est l?expression d?un désir guidé par la culture, ou le résidu d?une pulsion dont auront été mis en suspens l?origine et le destin. Chez Jacques Bonnard, qui en a exploré le champ depuis le début des années 80, il prend souvent la forme de rapides notations à l?aquarelle ou à l?acrylique, conçues comme des haïkus. Deux bols verts placés côte à côte sur une petite table, quelques pictogrammes en forme de rébus, la méthode est inductive. Ces petites compositions ont l?éclat modeste mais persistant des micro-révélations que nous réserve, quand l?esprit est bien disposé, le quotidien. Celui-ci, comme dimension modeste de la vie, habite les impressions furtives de l?artiste, qui dit apprécier la posture de semi-clandestinité qu?autorise le travail du dessin, aujourd?hui. Dans une autre série de travaux, ses ?dessins à distance?, Bonnard a confié des croquis à un assistant, qui a réalisé les contours des ?uvres à l?ordinateur. Un panneau indicateur à deux flèches s?affirme dans la nudité d?une page blanche, allégorie de la trace cherchant une explication à sa présence fortuite. Jean Crotti a accroché, dans une petite salle, ?Le feu du désir?. Ce sont vingt-huit portraits pyrogravés sur carton blanc. Cette technique peu courante, par laquelle le papier est brûlé au moyen d?un fer à souder, est en adéquation avec le titre de la série et les sujets représentés. Il s?agit de jeunes éphèbes, à la posture faussement naïve, qui rappellent les images glamour des magazines de mode. L?élégance du dessin au trait leur confère une présence aiguë, bien que fragile, et les légères variations dans la répétition, dont ces corps sont l?objet, évoquent la douceur d?une mélodie en sourdine. Jean Crotti sait rendre admirablement la profondeur d?une expression et la luminosité d?un visage, fût-il sombre et tourmenté. Les quarante portraits de la série ?Souffrance de l?amour?, disposés en damier, ont les couleurs chatoyantes de l?Orient. Claude Sandoz est le plus prolixe des trois artistes. Ce sont plus de huit cents ?uvres au format A4, récemment exhumées d?un carton dans son atelier, qu?il a réparties en plusieurs groupes sur les murs de l?elac, dans des chemises en plastique (manière de présentation de l?époque). Dans l?un d?eux, des ?uvres de 1977 contiennent déjà en germe les signes qui constituent son répertoire actuel. Il y a les motifs figuratifs, fleurs dansantes, palmiers, corsaires, mangues ou têtes de mort, et les mo-tifs floraux ou ornementaux proches de la tapisserie. L?une et l?autre forme d?expression cohabitent parfois dans le même dessin. L?artiste a également utilisé une technique de report d?encre, cousine de la linogravure. Après avoir transféré les motifs sur le papier, il en a parfois retravaillé les fonds avec des couleurs pures, ou prolongé certaines lignes en arabesques, ou encore les à recouverts de nouveaux motifs. La spontanéité de ces dessins, leur rapidité d?exécution sont étonnantes. C?est aux Caraïbes, où il séjourne régulièrement depuis 1988, que Sandoz a trouvé le terrain le plus propice au développement de son langage. Mouvement et rayonnement, joie de vivre ou frénésie de la danse. Si les ?uvres des années 70 portent souvent la marque du dessin classique, les travaux plus récents ont la fraîcheur musicale de l?imagerie populaire des îles, ou la poésie sans détours du dessin d?enfant.

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