Comme des garçons

Cary Kwok, lithographie, 2007

Cary Kwok, lithographie, 2007

Fokus

Comme des garçons

Des cœurs tatoués, des jeunes types au kitsch musclé et au priapisme apparent : feuilleter rapidement l´œuvre de Cary Kwok, c´est faire remonter des tréfonds de la mémoire l´œuvre de Tom of Finland. Mais si les garçons de Kwok font obligatoirement penser aux balèzes queers du plus culte des illustrateurs gay, ils s´en détachent cependant. D´abord parce que ces minots languides et apaisés ne jouent pas sur le registre des gros durs machos. Ensuite, parce qu´ils ne racontent aucune histoire.
Ils posent juste là en tant que canons d´une perfection détachée du temps. Purs objets de fantasmes qui convoquent dans l´élan de leur musculature les personnages indestructibles des comics américains. Manière de dire que dans l´œuvre de l´artiste né à Hong Kong en 1975, mais résidant londonien depuis ses études à la Saint-Martin School section stylisme, les références surgissent avec autant d´empressement que les culbutes viriles dans ses dessins. En clair, ses jeunes gens crâneurs servent avant tout de prétexte. Prétexte à représenter la veine qui gonfle le long d´un phallus, les méandres d´une chevelure au vent, le ramage duveteux d´un paon, le fluide épais du sperme qui dégouline ou les reflets de la lumière dans une paire de bottine.
Bref, le catalogue quasi complet de l´érotisme fétichiste exécuté avec une redoutable maestria graphique au crayon ou au stylo à bille.
De la même manière que Warhol dessinait des souliers à des fins publicitaires, Kwok a également composé un inventaire de chaussures à talons hauts qui raconte en vitesse super accélérée, cinquante ans de cette mode du bout des pieds. Ou encore l´évolution de la coupe de cheveux vue à travers le temps. Une histoire de touffe qui va jusqu´à répertorier une série de pénis à la pilosité shampooinée. Grunge, zazou, frisotté, voilà une manière assez décontractée d´envisager le progrès des moeurs qui rappelle celle des caricaturistes victoriens se gaussant de la physionomie animale des membres de la royauté. Les sexes canichés de Kwok se prêtent ainsi au petit jeu des sept ressemblances. Pour finalement trouver que cette biroute coupée au carré collerait diablement bien avec les Beatles époque «All you need is love» et filles en furie.
En cela très inspirées des élégances de jadis, les illustrations de Cary Kwok pour la publicité sont pleines de garçonnes Art Déco dont les poses affectées - mais toujours habillées - rappellent les comédies musicales de Busby Berkeley. De la même manière que dans son œuvre artistique, ce sont les ballets aquatiques d´Ester Williams qui s´encanaillent. Dans Foutain, un phallus géant marque le centre d´une chorégraphie d´hommes nus, tous parfaitement ithyphalliques. Une jouvence jouissante dont on suppute le clin d´?il amusé à Marcel Duchamp et que l´auteur a signé de son nom, ultime chic, sur le sein d´une odalisque masculine.

Künstler/innen
Cary Kwok
Autor/innen
Françoise Ninghetto

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