Editorial

Aanna Amadio, Robert Ireland, Alan Huck · Projet Lola Esteban, 2000, Circuit, Lausanne

Aanna Amadio, Robert Ireland, Alan Huck · Projet Lola Esteban, 2000, Circuit, Lausanne

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Il en restera toujours quelque chose

Comme nous l’avions annoncé, nous nous sommes un peu serrés pour accueillir la langue italienne: le débordement des frontières est toujours profitable à une plus grande ouverture sur le monde...Le coup de coeur de ce mois: «Circuit», un lieu d’expositions géré par six artistes lausannois (Natacha Anderes, Luc Aubort, Sandra Bersier, Philipe Decrauzat, François Kohler et Didier Rittener) (2, route de Genève, 1001 Lausanne, tél. ++ 41 (0 )21 601 18 49) et leur dernière exposition «Projet Lola Esteban». Dès le seuil, un vague bruit de discussions superposées. Sur six moniteurs, juchés sur des structures un rien bringuebalantes, faites de lamelles de bois abandonnées dans l’entrepôt dans lequel s’est installé temporairement «Circuit», les trois artistes du «Projet Lola Esteban»: Anna Amadio, Robert Ireland et Alain Huck. Sous l’oeil d’une camera fixe, ils conversent, s’interrompent, se taisent, hésitent, réfléchissent, rient, se déplacent, s’observent ou évitent de croiser leurs regards, s’animent ou se figent. On saisit des fragments de paroles: «comment c’est pas un camouflage?», «je cherche Duchamp», «je vais avoir un chat à partir de dimanche», «la vie est dure, comme les murs», «ou alors on reste dans quelque chose d’extrêmement intime», «c’est peut-être le moment que je préfère, le moment de fatigue». De la vie quotidienne aux questions qu’ils se posent sur la création, sur la culture et son système, les discussions que les artistes ont eues (et enregistrées) en 1988–1999, qu’ils ont rejouées ces derniers mois, sont des moments de mémoire qui évoquent et, dans le même temps, décalent – par le processus de répétition, de jeu (et donc de camouflage), de montage – l’actualité de ce qui s’est dit et qui paraît s’être effacé à peine prononcé mais qui, comme l’encre sympathique, réapparaît dans toute son acuité, pourvu que l’on sache en lire les traces.

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