Villa du Parc à Annemasse — Collection dans un intérieur

Stephan Landry · 1,2,3, 2008
 

Stephan Landry · 1,2,3, 2008

 

Philippe Decrauzat · Sans titre, 2007
 

Philippe Decrauzat · Sans titre, 2007

 

Fokus

Des étudiants de l’Ecole Supérieure d’Art Annecy Alpes ont sélectionné des œuvres dans la collection du Fonds cantonal d’art contemporain de Genève pour les exposer à la Villa du Parc à Annemasse. Avec une scénographie construite comme un geste créatif, l’exposition propose un jeu d’intrigues entre les espaces de représentation et la réalité du lieu.

Villa du Parc à Annemasse — Collection dans un intérieur

Pour la troisième année consécutive, des étudiants des sections Art et Design de l’ESAAA élaborent une exposition en partenariat avec une collection étatique et un lieu d’exposition. Après le FRAC Rhône-Alpes à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, ils livrent leur inventivité à Annemasse en présentant des œuvres du FCAC de Genève à la Villa du Parc. Œuvres choisies qui soulignent pour un temps le lien qui unit Genève à la ville frontière tout en offrant une occasion rare de voir quelques pièces de cette collection peu diffusée auprès du public. Pour les étudiants, c’est une expérience unique de se confronter aux aspects pratiques de la conservation, de s’interroger sur l’entreposage, le transport et la fragilité de certaines créations. C’est aussi, et surtout, une façon originale d’aborder la scène artistique suisse dans la réalité des œuvres. La dizaine d’étudiants participant à ce projet curatorial suivent une formation créative et ne sont en fait pas préparés au commissariat d’exposition, d’où une approche différente, avant tout visuelle et perceptive du parcours. Pour ces futurs artistes ou designer de l’espace, le motif de l’exposition est important parce qu’elle interroge leur manière de prendre en charge le contexte dans lequel un objet apparaît, questionnement indissociable de la pratique artistique. Leur proposition est de voir, ou revoir, des œuvres autrement. Le choix s’est posé sur des pièces en deux dimensions avec l’idée du tableau dans le tableau. Pas foncièrement originale, mais qui devient intéressante quand la mise en abîme prend la forme d’une sorte d’énigme, jeu réflexif sur la condition d’apparition des œuvres, autant dans le cadre des images que dans celui de la Villa. 

Le salon Hodler
Pour les épauler dans cette démarche, l’enseignante Julie Portier, recrutée par l’ESAAA en tant que commissaire d’exposition et critique d’art, qui a travaillé en collaboration avec le duo français ‹It’s Our Playground› lui-même intègrant dans ses productions l’image des créations d’autres artistes. Formé de Camille Le Houezec et Jocelyn Villemont, IOP initie depuis 2009 des projets sur Internet, crée des scénographies ou des installations, en soulevant une réflexion sur les modes de présentation. L’argumentation de l’exposition s’est construite autour d’une impression sur -vinyle de Louise Lawler. Cette version de 2013 du ‹Salon Hodler› fait partie de la série des tracés inspirés d’œuvres antérieures, ici le trait noir détoure une photographie des années 1990 évoquant le salon d’un collectionneur orné de deux tableaux de Ferdinand Hodler. Exposée dans la première salle de la Villa du Parc, l’image est la pièce centrale du projet, le point de départ qui a inspiré le thème du tableau dans le tableau et entraîné le choix de travaux reprenant des citations d’espaces de représentation. De plus, l’artiste
américaine évoque un intérieur cossu, tout comme la Villa, demeure bourgeoise du XIXe siècle édifiée au cœur du Parc Montessuit. Une invitation implicite à reconnaître que l’environnement joue un rôle-clé dans notre rapport à l’art que ce soit dans un espace public ou privé. D’où le développement d’un parcours d’exposition suivant le cheminement naturel de cette ancienne habitation aménagée sur deux étages. Contrairement à l’élaboration d’une collection où l’objet d’art est tributaire du décor dans lequel il doit prendre place, les étudiants investissent le lieu avec des jeux de formes et de couleurs en prolongement des œuvres, ils créent des éléments de mobilier en privilégiant des points de vue, de manière évidente parfois ou de façon discrète en soulignant des aspects formels, colorés ou thématiques. Les vingt-cinq pièces du FCAC comprenant des artistes suisses et internationaux se découvrent au fil de la déambulation avec des haltes, dans une sensibilité toute visuelle, un peu comme si nous assisterions à un dialogue des images entre elles.

Jeu de piste
La première rencontre avec l’exposition se passe dans la véranda. Un tableau de Sylvie Fleury de la série des Mondrian en fourrure se confronte à un porte-manteau de style, face à face dérisoire de lignes géométriques élaborées avec les moyens du bord. Clin d’œil sur l’ambiguïté des références reprises de la société de consommation et du design en particulier. La première salle réunit autour de l’œuvre de Louise Lawler, un dessin aux traits de Dan Walsh, la photographie d’un immense volume muséal de Candida Höfer et le fameux ‹Plafond› de Dominique Page, lequel a inspiré une série de fauteuils, ou plutôt des causeuses, marque d’intimité dans cet espace de réception où les personnes étaient accueillies et où on bavardait. La présence d’un bar placé au centre de la salle suivante peut surprendre, il est pourtant une invitation à s’accouder au comptoir et à regarder ‹Angle II› de Thomas Huber. Seule la couleur fait le lien entre le meuble et le tableau. Cette correspondance intègre le visiteur dans cette sorte de nature morte, imbrication spatiale donnant l’illusion d’un intérieur sans frontière. Les couleurs jouent un rôle important dans l’exposition, aux murs pastel du début répondent les tons intenses de l’étage supérieur. De neutre à flashy, la graduation colorée enveloppe le parcours. Un peu comme un jeu de piste, la couleur et le mobilier annoncent ou soulignent des détails à voir. Une scénographie qui fait parfois se télescoper les œuvres comme les dessins et mots de Stephan Landry placés sur des murs annonçant le vert à l’arrière plan de ‹The Eternal Wow› de Sylvie Fleury exposée à l’étage, ou ‹Educational Tool› de Matt Mullican simplement posé sur un guéridon dont la forme s’inspire de la toile à la connotation abstraite de Philippe Decrauzat. ‹Idéalement située› est finalement un regard inventé, la proposition d’une bonne place pour l’œuvre et la recherche d’une vision au croisement du commissariat d’exposition et de l’objet d’art. Ce projet annonce probablement un glissement des activités artistiques, une prise d’importance de la scénographie et du travail collaboratif. Une façon aussi de penser les formes de production contemporaines en intégrant le motif de l’exposition. Une donnée qui pourrait être prises en compte dans la diffusion des œuvres du FCAC par trop confidentielle.

FCAC / Fonds cantonal d’art contemporain
1949 création pour soutenir les artistes et décorer les bâtiments et les espaces publics 
vers 1980 début de la constitution d’un bien patrimonial en achetant des œuvres d’artistes vivants
collection: 32’200 numéros d’inventaire, recouvrant 6000 pièces des œuvres d’artistes 
de la scène genevoise et internationale

ESAA / Ecole Supérieure d’Art Annecy Alpes
Membre du réseau national des écoles supérieures d’art sous tutelle pédagogique du Ministère 
de la Culture. Elle est un lieu de formation et d’expérimentation, en particulier autour de l’espace 
et du paysage et de l’art et du design.

Bis 
02.06.2018

Nadia El Beblawi, critique d’art, web éditrice, vit à Bâle, nadia.elbeblawi@gmx.ch

 
Autor/innen
Nadia El Beblawi

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