État des lieux

Jörg Lenzlinger, Gerda Steinen, Sans titre, 2000 «Powersources»

Jörg Lenzlinger, Gerda Steinen, Sans titre, 2000 «Powersources»

Christoph Büchel · Sans titre, 2000 «Powersources»

Christoph Büchel · Sans titre, 2000 «Powersources»

Fokus

Fri-Art fête ses dix ans. Sans nostalgie aucune mais le regard tourné vers ce que le Centre peut faire de plus, vers ce qu’il entend développer. Rencontre avec son directeur, Michel Ritter.

État des lieux

«Nous n’allons pas passer trop de temps à évoquer le passé», déclare Michel Ritter en guise d’entrée en matière. Le ton est donné, ce qui l’intéresse c’est, d’évidence, ce qui se passe aujourd’hui, ce qui se passera demain. Mais quand même... un bref retour sur l’histoire du lieu ne peut qu’éclairer le présent. En contrebas de le ville de Fribourg, logé dans une ancienne usine de cartonnage datant de la fin du XIXe siècle – devenue entre-temps lieu pour les réfugiés durant la deuxième guerre mondiale puis asile de nuit – Fri-Art a ouvert ses portes le 10 novembre 1990 avec une performance de l’artiste irlandaise Tara Babel et la projection des films de Roman Signer. Mais l’histoire du Centre remonte à plus loin. A dix ans auparavant. En 1981 la Confédération helvétique fêtait son 700e anniversaire, Fribourg le 500e anniversaire de son entrée dans la Confédération. A l’époque, Michel Ritter venait de fermer la Galerie R.B. qu’il avait ouverte avec deux amis en 1974: le lieu était décidément trop petit pour qu’ils puissent développer leur projet: informer le public fribourgeois de l’actualité artistique. L’occasion qu’offrait la commémoration était propice à proposer un projet d’exposition d’art contemporain – un regard sur le présent et le futur plutôt que de ne se contenter de saluer le passé. Lancé par une dizaine de personnes – critiques, artistes, architectes – le projet prit forme dans l’ancien séminaire et l’exposition dura trois mois. Une exposition? La dénomination paraît trop restrictive pour définir le bouillonnement culturel qui s’y passa et l’ampleur des réactions qu’il entraîna. Une chose est certaine, l’événement fit date et marqua les esprits de tous ceux qui y participèrent, organisateurs, artistes et public. Concluant que le manque d’information du public était flagrant et gonflés à bloc par l’énergie propulsive de ces trois mois événementiels, quelques-uns des organisateurs déposaient, fin 1981/début 1982, un projet réunissant la Ville et le Canton, pour que s’ouvre un Centre d’art contemporain à Fribourg. Il aura fallu 10 ans pour toucher au but avec toutes les difficultés qu’on imagine et l’obstination nécessaire pour ne pas s’engager dans une proposition sans avenir: un lieu adéquat, une subvention permettant d’élaborer des activités.(Aujourd’hui, Fri-Art bénéficie d’une subvention annuelle de 82’000 CHF attribuée par la Ville de Fribourg associée à 11 communes mais son budget est quatre fois supérieur à cette somme ainsi qu’une subvention indirecte qui consiste en la mise à disposition du bâtiment). Grâce au soutien d’un conseiller municipal et l’intervention de Jean Tinguely Fri-Art était logé, la direction confiée à Michel Ritter, assisté d’Eliane Laubscher. Entre-temps, Fri-Art continuait à se manifester: en occupant durant trois ans environ une vitrine dans la ville dans laquelle une quarantaine d’artistes, de John M. Armleder à P.A. Ferrand et à Roman Signer, ont installé leur travail, visible 24 h sur 24 par les passants. Et, pour Michel Ritter et Paul Jacquat, en traversant l’Atlantique, en 1985, pour proposer sous l’égide de Fri-Art New York une large présentation de la création suisse.Or donc, Fri-Art a maintenant dix ans. Durant lesquels le Centre a présenté 49 expositions, 174 artistes, organisé de nombreuses manifestations multimédias, des interventions dans l’espace public, ouvert «Une cuisine» hebdomadaire et collaboré avec différentes institutions et jeunes commissaires indépendants. Ce résumé ne dit évidement rien de la manière dont le Centre s’est profilé sur la scène artistique suisse et internationale. Cette reconnaissance tient évidemment aux choix de Michel Ritter d’affirmer un large regard sur l’art contemporain, de conserver un œil attentif sur la création et de refuser de faire des concessions qui amoindriraient sa vitalité. Ne regrettant aucune des expositions qu’il a présentées, toujours en accord avec son idée de départ – amener de l’information sur ce qu’est l’art d’aujourd’hui au public fribourgeois – Michel Ritter voit le développement du Centre en «passant à une vitesse supérieure». Autrement dit réussir à mieux concerner le public local, les écoles – il estime qu’actuellement 60 pourcent du public est extérieur à la région – à faire tomber une sourde censure locale, à mieux accueillir les visiteurs. Ce qui signifie aussi manifester son envie de résister, résister aux difficultés financières, résister aux pressions qui souhaiteraient le voir se régionaliser. «Passer à une vitesse supérieure» c’est aussi et surtout, pour Michel Ritter, rester le plus ouvert possible à toutes les formes artistiques qui peuvent survenir, quitte à ce qu’elles remettent en question sa propre manière de travailler. Sa manière de travailler justement, parlons-en: Michel Ritter, dont on a connu l’activité artistique et bien que ne produisant plus d’objets, «se sent vraiment un artiste», faisant confiance à son feeling. Il «tourne autour des choses», les laissent venir à lui et établit ses choix en fonction de ses questionnements et de ses intérêts. Et ceux-ci vont, notamment, volontiers, vers la présentation anonyme d’oeuvres dans l’espace public.Qui devrait aiguiser le sens de l’observation, permettre à tout un chacun de décoder ce qu’il voit en relation avec ses propres références, au lieu de les assujettir au contexte institutionnel.Cette année, Michel Ritter met à sa manière des bougies sur son gâteau d’anniversaire en invitant non pas des artistes mais des commissaires d’exposition. Qu’il voulait de sensibilités différentes pour que chacun, de son point de vue, établisse un «État des lieux» de la création artistique. Projet ambitieux qui ne prétend cependant pas à l’exhaustivité mais qui veut sonder, esquisser, affirmer des aspects de l’art contemporain, celui qui est en juste en train d’émerger, de marquer son temps et son époque. La première carte blanche a été donnée à Nicolas Bourriaud (codirecteur du futur Centre d’art contemporain de la Ville de Paris, critique, fondateur de la revue «Documents sur l’art»’) qui, suivant l’analyse qu’il fait lui-même de l’art comme «un riche terrain d’expérimentations sociales», avait invité des artistes dont les pratiques entretiennent des rapports, diversifiés, avec le domaine économique émergeant des «services personnalisés». Le deuxième «État des lieux» comportera 3 volets, celui de Harm Lux (ancien directeur de la Shedhalle de Zurich et de Shed à Frauenfeld, curateur de la New Art Foundation «Location One» à New York), «Powersources» qui prendra place dans un lieu hors les murs; celui de Hans-Ulrich Obrist, (curateur indépendant et responsable du programme «Migrateurs» au Musée de la Ville de Paris); et un programme plus intimiste «Flashes» confié à quatre commissaires Véronique Bacchetta (directrice du Centre genevois de gravure contemporaine de Genève), Lionel Bovier (critique d’art et commissaire indépendant, de Genève), Esther Eppstein (artiste, organise depuis 1996 les actions du message salon, de Zurich) et Michelle Nicol (critique et commissaire indépendante, de Zurich). Robert Fleck (co-curateur de «Manifesta 2», directeur de l’école régionale des Beaux-arts de Nantes) prendra la troisième carte blanche. Et pour finir l’année, Fri-Art recevra un «ready-made», sorte d’état des lieux de la création contemporaine en Suisse en exposant les lauréats des Bourses fédérales 2000.

«État des lieux #1»du 13 février au 9 avril 2000 Nicolas Bourriaud, «Contacts» (Relations, Bricolage et Travaux de consommation) avec Monica Bonvicini, Claude Closky, Alicia Framis, Liam Gillick, Joseph Grigely, Swetlana Heger & Plamen Dejanov, Pierre Joseph, Ben Kinmont, Agence-Agentur, Mathieu Mercier, Navin Rawanchaikul et Gitte Villesen«État des lieux #2A»du 30 avril au 30 juillet 2000 Harm Lux, «Powersources» présenté dans l’Espace Landi, rue de l’Industrie avec Christoph Büchel, Bob Gramsma, Jörg Lenzlinger/Gerda Steiner, Mirjam Staub, Fiona Tan, Tony Tasset, Markus Wetzel«État des lieux #2B»Hans-Ulrich Obrist, «Les rumeurs urbaines»avec un Special Event: «dévernissage» le 30 juillet à 19h«État des lieux #2C», «Flashes» du 5 novembre au 23 décembre 2000 Véronique Bacchetta, «Ganz Angst» avec Cosima von Bonin, Hans-Peter Feldmann, Vidya Gastaldon & Jean-Michel Wicker, Laurence Huber & Marie-José Blanquet, Sydney Stucki et Xavier Veilhan Lionel Bovier, «Préfiguration du Museum of Contemporary Art de Tucson (Arizona) avec Francis Baudevin, Géraldine Belmont, Stéphane Dafflon, Liam Gillick, Fabrice Gygi, Scott King, Klat, Alix Lambert, John Miller, Amy O’Neill, Mai-Thu Perret et Xavier Veilhan Esther Eppstein, «Message salon caravan», artistes zurichois Michelle Nicol, «We come as Friends» avec Joseph Bourban, Susan Cianciolo, Carsten Höller, Roth Stauffenberg«État des lieux #3»du 5 novembre au 23 décembre 2000, Robert Fleck«État des lieux #4»Prix fédéraux des Beaux-arts 2000


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