Inside the sixties: g.p. 1.2.3.

René Bergé et Ileana et Michel Sonnabend au mur: Andy Warhol,
«9 Jackies», 1964 © Archives du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne

René Bergé et Ileana et Michel Sonnabend au mur: Andy Warhol,
«9 Jackies», 1964 © Archives du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne

Inside the sixties: g.p. 1.2.3.
Le Salon international des galeries-pilotes à Lausanne/1963, 1966, 1970 «Mémoire interprétative»: installation de John M Armleder

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Le Salon international des galeries-pilotes à Lausanne/1963, 1966, 1970 «Mémoire interprétative»: installation de John M Armleder

Fokus

Jusqu’au 15 septembre 2002, le Musée des Beaux-arts de Lausanne crée l’événement: un retour légitime et bienvenu vers une innovation conçue en 1963 par René Berger1 et renouvelée en 1966 et 1970. Véritable modèle d’initiative muséale qui aura motivé l’idée des foires internationales par la suite, les Salons ont redéfini la perception de l’art dans les années 60. Pour sa première exposition au musée de Lausanne, le nouveau directeur Yves Aupetitallot a déployé tous ses talents pour rendre un hommage intelligent à une époque fertile et à un homme inventif.

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Salons de galeries-pilotes: retour vers le futur

Il fallait l’oser. Imaginez les années 60 avant 68, encore profondément dominées par la rigueur morale, les règles de bienséance, les différences sociales. Le rôle d’un musée était alors conçu selon l’impératif catégorique de la collection publique des œuvres consacrées. Inspiré, visionnaire et aventurier, René Berger entreprend pourtant d’inviter les galeries les plus avant-gardistes du monde pour donner «leur» version de la création du moment, avec une répartition égalitaire et gratuite de l’espace d’exposition. Impensable! Avec les œuvres pionnières de l’art contemporain, les Salons font alors des ravages d’ébullition critique dans la presse, provoquent un déferlement de réactions outrées auprès des publics, et suscitent cependant un accueil euphorique dans le monde de l’art. Contradictions qui s’expliquent aisément avec le recul des années. Tailleurs chics et cravates sombres côtoient soudain une «Tour de Babel» aux sourires nombreux et identiques empilés par Broodthaers (1966), des œuvres «Op» ou «Pop art», du «conceptuel» ou du «minimal» à côté de supports malmenés par Fontana, une célèbre «Jacqueline Kennedy III» multipliée dans une sérigraphie de Warhol (1966), un tableau-piège de Spoerri ou une caisse pleine de robinets d’Arman «Hommage à Mac Mahon», 1961. Lorsque le public est invité à boxer le «Punching General» de Baj, sculpture avec plastique authentique et fausses médailles (1969), la coupe est pleine. Le défi artistique vient de déborder la capacité d’absorption des esprits de l’époque. Pour rendre compte de l’impact de cette déferlante avant-gardiste et du rôle assumé par Lausanne dans l’histoire des expositions d’art, un travail de recherche monumental2 dans les archives a enrichi cette exposition. «Inside the Sixties» réalise l’exploit de présenter un regard «historique» sans se plier aux contraintes linéaires du temps ou à l’insipide rétrospective encyclopédique. L’espace «Mémoire interprétative» offre carte-blanche à Olivier Mosset, John M Armleder et Pierre Keller pour apporter leurs visions des années 60 avec des créations proposées comme un écho à cette époque et des œuvres de leur choix dans le décors qui y sied. Le résultat est surprenant. Telles de nouvelles images d’Epinal, le visiteur se frappe le front avec un constat d’évidence devant ce qui, à l’époque, avait pu provoquer tant d’agitations. L’espace «Restitution» organise de façon ludique des documents et des photographies in situ prises lors des trois Salons. Personne ne manquera le contraste cocasse entre les modes vestimentaires, révélatrices des contraintes de l’époque, et les œuvres exposées, sources du bouleversement radical des critères artistiques. L’espace «Communauté» rend hommage aux nombreuses initiatives qui ont choisi le risque de l’inconnu par l’achat de pièces présentées aux Salons, dont un sublime «Exile» de Rauschenberg (1962); ce qui révèle, par contraste, le caractère frileux et suiviste des autres musées qui, bien plus tard mais en toute quiétude, ont acquis des œuvres semblables dix à vingt fois le prix d’origine, une fois le choc de la nouveauté résorbé dans l’esprit du temps. Devant tant d’audaces rafraîchissantes, serait-ce un regard mélancolique qui se pose sur cette époque du passé, quand l’institution rendait l’art palpitant et fourmillait d’idées novatrices? inédites. Qu’en est-il aujourd’hui?

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