GRAND TOUR

Raphaël Cuomo & Maria Iorio · Sudeuropa [1], 2006, Image extraite du film

Raphaël Cuomo & Maria Iorio · Sudeuropa [1], 2006, Image extraite du film

Emmanuelle Antille & Jean-Luc Manz · Maison de poupée, 2007, Installation à Môtiers, Photo: François Charrière

Emmanuelle Antille & Jean-Luc Manz · Maison de poupée, 2007, Installation à Môtiers, Photo: François Charrière

Fokus

Une petite maison dans la prairie qui s´encanaille, le plus long tunnel ferroviaire au monde en voie d´achèvement, un hommage à un Suisse hors du commun et une perspective romaine: autant d´étapes à ajouter à votre carnet d´adepte du Grand Tour.

GRAND TOUR

Môtiers, Bellinzona, Paris...

Lors de votre visite à Art|38|Basel, vous n´avez certainement pas été sans remarquer une offre publicitaire pour un allèchant service touristique intitulé «Grand Tour 2007» souhaitant faciliter votre périple européen: Bâle, Venise, Kassel, Münster...
«Grand Tour» désigna tout d´abord, à partir du 18e siècle, le long voyage en Europe continentale de la jeunesse aristocratique, principalement britannique. Durant le Tour, les jeunes gens issus de toute famille de haut rang, dès le 19e siècle, apprenaient à connaître la politique, la culture et l´art des pays qu´ils visitaient. À leur retour, le voyage contribuait à leur ascension sociale; ils avaient vu ce qui devait être vu pour la constitution d´une culture commune destinée à renforcer les liens sociaux d´une élite et répondant, sans doute, à une stratégie d´hégémonie culturelle.
Si l´eau a coulé sous les ponts depuis l´exaltation d´un Lord Byron et que l´on parcourt de nos jours un Grand Tour démocratisé, du moins grand public, il reste tout de même à choisir entre les «highways», les routes nationales ou encore les sentiers. À commencer par ceux parcourus par Jean-Jacques Rousseau dans le Val-de-Travers. Sur ses traces, le travail d´un couple, Marie et Pierre-André Delachaux, permet aujourd´hui à «Môtiers 2007 - Art en plein air» de proposer un tour dans le Tour, une escapade à la teneur helvétique et champêtre. Au contraire de la documenta 12, ici, pas de thématique énoncée, juste la topologie du site qui engendre parfois des combinaisons heureuses entre installations éphémères et paysage. L´art mis à l´air, comme un ricochet au deuxième leitmotiv de Roger M. Buergel: «Qu´est-ce que la vie nue?». À la fin de votre parcours, en redescendant de la forêt, vous pourrez admirer la «Maison de poupée» à échelle humaine d´Emmanuelle Antille et de Jean-Luc Manz. Un dispositif a priori trop mignon pour accueillir des concerts de rock comme c´est pourtant le cas à un rythme hebdomadaire, à moins que l´on ne regarde de plus près la chambre d´adolescent reconstituée sous le toit de la maisonnette.
Le rock pour les jeunes et désormais les moins jeunes, de par le monde, dans les bacs et sur les sites, exemple tonitruant de l´industrie de la culture et de sa «globalisation», le rock, donc, pourrait également être mentionné par Boris Magrini, curateur d´une seconde étape de votre Grand Tour à options multiples: «Mutamenti - evoluzioni culturali e territori globali». Deuxième escale donc, à Bellinzona, où le tessinois interroge, fait parler et exposer sur les conséquences culturelles liées à la mondialisation, à l´occasion de l´achèvement de la percée du tunnel ferroviaire le plus long au monde, le Saint-Gothard, s´étirant sur 57 km. Une Suisse traversée par des convois internationaux tout en gardant un statut insulaire au sein même de l´Europe. S´il y a de quoi sourire, l´artiste suisse Yves Mettler trouve sans doute dans ce paradoxe l´une de ses sources d´inspiration. Du moins l´Europe et ses places l´intriguent, au point d´en faire une collection de cartes postales. Au-delà de la simple règle linguistique, ses photographies de «Place de l´Europe» ou d´«Europaplatz» sont souvent peu peuplées et glauques. Faut-il y déceler un certain scepticisme? Et si l´«Union européenne» n´était qu´une formule, un appareillage de lois promulguées par des nations dominantes et une cartographie délimitant son accès?

C´est en toute logique que Mettler est invité à exposer à la fois dans l´un des trois châteaux du chef-lieu du Tessin accueillant «Mutamenti» et au Centre Culturel Suisse de Paris à l´occasion de «L´Europe en devenir (Partie 1)». Événement dédié au regretté Michel Ritter, à l´origine du projet, ce troisième volet optionnel au Grand Tour 2007 n´en n´est pas moins des plus complémentaires. Il s´attache à analyser les conditions et les paramètres qui régissent le territoire sur lequel se déroulent ces manifestations culturelles gigantesques en transférant la question de la représentation à celle de la participation. Ce n´est plus: «C´est quoi?» mais «C´est qui?». Du Grand Tour on passe au Migra Tour. C´est donc, parmi tant d´autres anonymes, cet homme à la peau noire dont l´image a été capturée à Lampedusa par Raphaël Cuomo et Maria Iorio pour un essai filmique remarquable qui vaut largement ce détour parisien: «Sudeuropa [1]», 2006 (38´, italien s.t. anglais/arabe, projections à 14h10 et à 18h). Et si l´Africain veut se rendre en Italie, c´est pour d´autres urgences que les candidats aux résidences prestigieuses des Académies et Instituts internationaux de la Ville Éternelle, parfaits héritiers, eux, de la tradition du Grand Tour.
On pourrait considérer que la boucle est bouclée, non sans une vrille quelque peu inconfortable. Il y a toujours le revers de la médaille, ou plutôt le revers du ruban de Moebius de ce qui semble être un Eternel Tour. Cette constatation trop rapidement énoncée ici fait l´objet d´une recherche aussi bien artistique que scientifique lancée par l´Istituto Svizzero di Roma. Résultat des courses du 3 au 13 juillet 2008 à Rome lors d´une manifestation qui aura comme point névralgique la Villa Maraini.

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