Frise

Frise

Public Art

Extraits du RIABE, règlement concernant l’intervention artistique sur les bâtiments de l’État :
Art. 1— Pour tous les bâtiments édifiés par l’État de Vaud, un montant proportionnel au coût de construction ou de rénovation proprement dit (le pour-cent culturel) doit être réservé pour une intervention artistique sur le bâtiment.
Art. 2— Une intervention artistique consiste dans l’intégration, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’édifice, d’œuvres, de gestes ou de marquages artistiques qui entrent en interaction avec son architecture, sa fonction, ses utilisateurs et le public en général.

Depuis 1979, Frise, de l’artiste Ariane Epars, est la 106ème intervention artistique dans un bâtiment de l’État de Vaud.

 

Frise
Des murs recouverts d’un épais crépi blanc. De la matière retirée sur une largeur de main ouverte et à hauteur de hanche pour atteindre la substance même du mur : pierre, ciment, brique, béton ou plâtre. Par un geste précis d’incision et de dégagement, mettre à jour l’histoire de la construction et des transformations de cet espace sous la forme d’une frise en creux.
Ariane Epars.

Dérober pour faire apparaître, l’intervention d’Ariane Epars dans le foyer des étudiants de la Haute école pédagogique (HEP) tient dans ces infinitifs. D’abord un constat : le crépi synthétique des murs lui semble désagréable aux yeux et au toucher, inutile de le recouvrir et plus encore de le dissimuler sous des décorations ou des tableaux. Puis la décision : dans l’épaisseur de ce crépi, pratiquer deux incisions parallèles distantes de 20 cm ; entre elles, retirer les couches successives jusqu’à la maçonnerie. Bref, réaliser une frise en creux. «Une frise. Juste une frise» se plaît-elle à dire.
Ariane Epars travaille en archéologue qui gratte pour mettre au jour. Il s’agit en somme de montrer la tectonique sous le revêtement, de donner à lire un peu de l’histoire du bâtiment dans ses matériaux et les techniques constructives de ses murs.
À hauteur d’œil ou de main, selon que l’on est assis ou debout, la frise soustrait méthodiquement sa bande de crépi sur le pourtour du foyer. Pour peu qu’elle soit protégée, au gré des repeints et crépissages futurs, elle s’approfondira insensiblement !

 

Ariane Epars
«À une époque marquée par la surenchère des images, les travaux d’Ariane Epars étonnent par leur parti pris de discrétion, de neutralité relative, voire d’invisibilité. À tel point qu’un observateur pressé pourrait être tenté d’y voir le franchissement d’une étape supplémentaire et singulière dans le processus de dématérialisation de l’art. Ne nous y trompons pas : peu d’artistes déploient, comme Epars, autant d’énergie, de concentration et parfois de moyens dans l’élaboration de leurs travaux, lesquels sont toujours conçus comme la réponse unique (et décisive) à une situation. […]
Ariane Epars est-elle une artiste de l’attitude, ou de la forme ? La discrétion de ses travaux, leur économie matérielle, les apparentent parfois à des accidents «naturels». Ils s’en distinguent cependant par leur structure, à géométrie variable, mais toujours repérable. Leur grande force, et le trouble que certains d’entre eux suscitent, réside dans ce que l’on pourrait appeler un silence obstiné. Après avoir pris possession du lieu, ils s’y fondent à tel point que rien ne semble pouvoir les déloger. Mais il est une autre piste d’interprétation, peut-être à des lieues de l’intention de l’artiste : ces travaux témoignent d’une implacable lucidité à l’égard de la vanité de tout effort humain d’édification. Les lieux que nous habitons, fréquentons ou simplement traversons, suggèrent ces travaux, sont habités par le principe babélien de la faille, de l’incomplétude : ils sont à notre image, à la fois imparfaits et perfectibles. Ils ne sont que les temporaires prolongements, de même que les imparfaits réceptacles de notre orgueil mêlé de désarroi.»

Extraits de Notes sur le travail d’Ariane Epars,
Gauthier Huber, 2005.

Datierung 
2013
Standort 
Haute école pédagogique Vaud
avenue de Cour 33
1007 Lausanne
Schweiz

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