Le Héron

Le Héron

Public Art

Extraits du RIABE, règlement concernant l’intervention artistique sur les bâtiments de l’État :
Art. 1— Pour tous les bâtiments édifiés par l’État de Vaud, un montant proportionnel au coût de construction ou de rénovation proprement dit (le pour-cent culturel) doit être réservé pour une intervention artistique sur le bâtiment.
Art. 2— Une intervention artistique consiste dans l’intégration, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’édifice, d’œuvres, de gestes ou de marquages artistiques qui entrent en interaction avec son architecture, sa fonction, ses utilisateurs et le public en général.

Depuis 1979, Le Héron, de l’artiste Werner Witschi, est la 147ème intervention artistique dans un bâtiment de l’État de Vaud.

 

Le Héron
Aux abords du pénitencier de Bochuz se dresse une imposante sculpture. Composée de plaques de fer noir, lançant une pointe acérée vers le ciel, elle repose sur la tranche de ses deux plus grands éléments et semble ainsi flotter au-dessus du sol. L’œuvre se laisse découvrir dans le mouvement, thématique chère à l’artiste Werner Witschi: l’observateur, en se déplaçant, découvre que la sculpture est constituée de plusieurs pans parallèles et abrite trois cloches. Actionnées manuellement, celles-ci rassemblaient les fidèles pour le recueillement religieux du dimanche matin, mais pouvaient également servir d’alarme incendie. L’oeuvre s’assimile donc à un petit clocher et dénote indéniablement un aspect utilitaire, aujourd’hui oublié.
Les importantes dimensions et les découpes agressives, renforcées par la couleur noire du fer, confèrent à la sculpture une forte présence, presque militaire, en phase avec les bâtiments qu’elle jouxte. Le choix du matériau ne s’avère pourtant pas original: la sculpture en fer connaît un développement florissant dans l’Europe d’après-guerre, et particulièrement en Suisse. Picasso donne, dès 1912 avec Guitare, un modèle stylistique à la sculpture moderne et affirme une représentation de l’espace sans volume. Quelques années plus tard, les constructivistes russes rejettent la masse comme élément sculptural. Ces conceptions imprègnent le travail de Witschi: l’œuvre se donne comme une construction et vise à représenter l’espace sans recourir à la masse. Elle n’est pas taillée ou modelée, mais construite, assemblée. La construction de Witschi s’inscrit également dans la tradition moderniste en ce qu’elle propose une représentation aux formes éclatées. Il ne s’agit pourtant pas, ici, d’abstraction, puisque le titre de l’oeuvre permet au spectateur d’en interpréter le langage très schématique : Le Héron, se distingue lors d’un examen latéral de la sculpture. Les ouvertures circulaires rappellent les yeux du volatile, la flèche élancée vers le ciel évoque son bec long et fin.

Regards entre la centrale de chauffe et Le Héron.
Avant la mise en œuvre de la centrale de chauffe, Le Héron de Werner Witschi régnait seul sur un terrain dégagé aux abords du pénitencier de Bochuz. Conçue selon un principe d’assemblage, l’impressionnante sculpture en plaques de fer noir semble légère ; un espace sans volume. Par sa masse imposante, la centrale de chauffe affirme un certain antagonisme au premier abord. À y regarder de plus près, on peut toutefois identifier un langage commun. La composition de lignes et de surfaces dans l’espace que l’on retrouve dans la sculpture se retranscrit dans les façades du bâtiment (bardage vertical en bois et soubassement plein en béton). Les cheminées culminant à 12.80 m rappellent également la pointe acérée que lance Le Héron vers le ciel. L’observateur pourra désormais découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Werner Witschi sous un nouvel angle.

Yves Etienne, architecte conseil mandataire
Etienne & Associés architectes Sàrl

 

Werner Witschi
Parmi les sculpteurs de fer suisses les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, Werner Witschi (1906 – 1999) occupe une position marginale en raison de son métier d’enseignant limitant sa pratique artistique au temps libre. Peintre à ses débuts, il se tourne vers le travail en trois dimensions dès les années 1950. Witschi expérimente le relief en papier, mais emploie surtout, inspiré notamment par l’art de Jean Dubuffet, le fil métallique, la ficelle, le bois ou la tôle pour former des figures sur support puis dans l’espace. Dès 1953, il conçoit ses premières sculptures non figuratives en fer noir, et y intègre rapidement des pendules et des miroirs. Son Serment du Grütli, sculpture monumentale et symbolique conçue pour l’exposition nationale de 1964 à Lausanne, lui vaut une reconnaissance nationale. Deux années plus tard, Witschi s’oriente vers la sculpture cinétique et connaît alors un succès international. Il introduit également le moiré dans la sculpture de fer, effet optique toujours renouvelé obtenu par la superposition et le balancement de treillages à l’orientation différente.
L’intérêt artistique principal de Werner Witschi consiste à explorer la relation entre sculpture, observateur et espace. L’artiste vise une fragmentation rythmique et dynamique de l’espace libre par une méthode de composition caractérisée par la répétition d’éléments formels semblables, organisés en couches successives parallèles et disposés selon leurs dimensions variables. De cette stratification spatiale résultent des sculptures à l’apparence légère, flottante et dynamique : le mouvement propre à l’œuvre ainsi que le déplacement de l’observateur permettent en effet une configuration en constant renouvellement. Witschi conçoit enfin la sculpture comme une composition de lignes et de surfaces dans l’espace, comme une véritable construction; il s’inscrit en cela dans la tradition du constructivisme russe et des œuvres de Vladimir Tatline, Naum Gabo ou Antoine Pevsner.

Lisa Cornali

Datierung 
1964
Standort 
Centrale de chauffe
chemin des Pâquerets 3
1350 Orbe
Schweiz

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