Matières et transparence

Matières et transparence

Public Art

Extraits du RIABE, règlement concernant l’intervention artistique sur les bâtiments de l’État :
Art. 1— Pour tous les bâtiments édifiés par l’État de Vaud, un montant proportionnel au coût de construction ou de rénovation proprement dit (le pour-cent culturel) doit être réservé pour une intervention artistique sur le bâtiment.
Art. 2— Une intervention artistique consiste dans l’intégration, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’édifice, d’œuvres, de gestes ou de marquages artistiques qui entrent en interaction avec son architecture, sa fonction, ses utilisateurs et le public en général.

Depuis 1979, Matières et transparence, de l’artiste Daniel Galley, est la 18.2ème intervention artistique dans un bâtiment de l’État de Vaud.

Matières et transparence
Les pales camarades qui venaient pour parler de rien ou d’amitié … C’est ça, oui, un vieux disque de Léo Ferré : Les gens, il ne conviendrait de ne les connaître que disponibles à certaines heures pâles de la nuit près d’une machine à sous avec des problèmes d’homme, simplement, des problèmes de mélancolie. Est-ce d’instinct, que tu confrontes des droites à des courbes, ce qui interloque les uns et suscite un rire complice chez, les autres ? Tes formes s’affrontent sans se fondre, ton éclectisme est multidirectionnel et tu es, sans forfanterie aucune, content d’un certain nombre de tes pièces. Ta fusée-phallus-obus, tu la veux humoristique, rigoureusement humoristique et humoristiquement rigoureuse. Il est impossible au vu de la tenue plastique de tes œuvres et de la vigilance de ton ironie de rire contre toi, de toi, on ne peut rire qu’avec toi et de nous …
Ton énergie que tu qualifies de pulsionnelle te pousse un pas en avant, te ramène deux pas en arrière, te propulse un pas … et pourtant, tu avances. Chez toi, il n’y a ni doxa ni idéologie mais situations plastiques assorties de diverses cabrioles. Tu débordes d’anecdotes et moi les anecdotes, ça me botte. Tu veux parasiter les règnes et les styles, ne pas te laisser enfermer, pervertir les genres, n’être sérieux que sur la facture. Tu ne veux pas nuire, faire une critique ad hominem, lancer des traits mais bien ouvrir, défricher, semer. À la forge des neurones, tu te dopes aux fortifiants ferrugineux. Dans ta logique illogique et conséquente, la discursivité ne peut naître que de l’expérience matérialisée en paysage afghan ou en spécial démission.
Tout comme le vieil Hugo, tu sais qu’on ne fait pas plus de pensée avec la logique qu’on ne fait un paysage avec de la géométrie. Jongleur miné d’anxiété, de digression en digression, de mécanique générale en études littéraires, d’une curiosité en éveil constant à la netteté d’un atelier sur mesures, d’espérances inabouties en échecs magnifiques, tu accumules tes opus déraisonnables mais entre tous reconnaissables.
Qu’ajouter si ce n’est : Monsieur William, encore un petit ! Pour la route.

Texte d’Yves Tenret
paru dans « Bex & Art », 1990.

Datierung 
1986
Standort 
Bâtiment administratif de la Pontaise (BAP)
avenue des Casernes 2
1018 Lausanne
Schweiz

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