Gérard Collin-Thiébaut

G. C.-T., «Les images», 1997, cartes journalières des TPG.

G. C.-T., «Les images», 1997, cartes journalières des TPG.

Fokus

Il est assez rare que l’on prête attention aux tickets de tramways ou à ceux que déversent les horodateurs. A Genève, depuis l’été dernier, il arrive pourtant qu’un utilisateur, en retournant distraitement et machinalement son ticket dans ses mains y dé-couvre une image. Alors, au lieu de le jeter, il le glisse dans sa poche: deviendrait-il collectionneur?

Gérard Collin-Thiébaut

Des images pour un musée de poche

Les premières images de Gérard Collin-Thiébaut, alias G. C.-T., remontent à 1988. Lors de l’exposition «Saturne en France», il avait remis aux gardiens des musées de Strasbourg de petites images reproduisant des autoportraits d’artistes qu’ils pouvaient (ou non) distribuer gratuitement, et sans commentaire, aux visiteurs. L’année suivante, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris à l’occasion de l’exposition «Histoire de Musée», c’était de vrais distributeurs de carnets de timbres-poste qui éjectaient, contre une pièce de dix francs, les images de G. C.-T. Ainsi, du «Milieu de l’art anglo-saxon» aux vues de châteaux, du «Milieu de l’art français» aux faïences des Musées de Marseille, de l’«Ascension du Christ» de Pe-rugino en 14 parties dispersées sur quelque 450000 tickets d’horodateurs lyonais aux œuvres acquises et installées à Genève par le Fonds cantonal de décoration et d’arts visuels (FCDAV) et le Fonds municipal d’art contemporain (FMAC) et reproduites sur les cartes journalières des transports publics genevois (TPG), les images de G. C.-T. se sont accumulées. Archiviste de son propre travail, G. C.-T. a répertorié, en automne 1997, 384 images. Dès lors, le «Catalogue des Images de G. C.-T.» est devenu un outil très précieux pour leur identification et la connaissance de leur cote... Un catalogue dont la présentation s’inspire ouvertement d’un catalogue de timbres, de vente par correspondance qui permet au collectionneur de voir son désir enfin comblé: il lui suffit de remplir une «mélancoliste» et de l’envoyer à Clara Wood édition-diffusion à Vuillafans!

Greffier du réel, Gérard Collin-Thiébaut publie ces collections infinies d’images mais utilise également beaucoup d’autres «manières» – «ses principales formes d’investigations» – qui consistent en procédures d’appropriation, de copiage ou de détournements. A l’âge de 14 ans, empruntant le chemin de Bouvard et Pécuchet, Gérard Collin-Thiébaut s’adonnait déjà à l’art de la copie en reproduisant des reproductions de tableaux du «Petit Larousse illustré» sous forme de vignettes. Le 17 mai 1985, le lendemain de l’anniversaire du jour où Gustave Flaubert acheva le manuscrit de «L’Education sentimentale», Gérard Collin-Thiébaut commençait un minutieux travail de copiste en réécrivant ce chef-d’œuvre de la littérature française. Il présentait «L’Education sentimentale – COPIE» à la Bibliothèque Nationale le 18 novembre de la même année, soit le lendemain de l’anniversaire de la première édition du livre.

Dans sa production qui ne craint pas de flirter avec l’ambiguïté, Gérard Collin-Thiébaut trouve le moyen de continuer une pratique picturale en assemblant les pièces de puzzles représentant des tableaux de grands maîtres («Les Transcriptions»). Il réhausse aux crayons de couleur les photographies grisailles d’un quotodien («Les Peintures sur le motif»), met en images les trois célèbres «statements» de Lawrence Weiner («Les Rébus») ou transforme les artistes en petits soldats de carton: en simples fantassins s’ils sont vivants, en cavaliers s’ils sont morts.

Jouant à l’archiviste, usant des pratiques de faussaire, Gérard Collin-Thiébaut entretient des procédures créatives personnelles, aléatoires, ludiques qui s’apparente si bien à l’art de la fugue et qui, sous des allures discrètes et timides, pratiquent la plus belle des insolences. «Et si c’était de l’art?»


Gérard Collin-Thiébaut est né en 1946. Il vit et travaille à Vuillafans (Doubs). Depuis juin 1997, sur les «cartes-ville» des TPG, les images reproduisent, chaque mois, six œuvres installées dans l’espace public genevois. Cette collection d’images peut être constituée durant une année, la durée de «Art-itinéraires», une manifestation organisée par le FCDAV et le FMAC pour faire connaître leurs activités. Et qui permet au promeneur-visiteur de parcourir la ville et quelques bâtiments publics pour y (re)découvrir les œuvres acquises par ces Fonds.

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