P.O. BOX

Thomas Bayrle. Photo: I. Kalkkinen, Genève

Thomas Bayrle. Photo: I. Kalkkinen, Genève

Thomas Huber. Photo: I. Kalkkinen, Genève

Thomas Huber. Photo: I. Kalkkinen, Genève

Fokus

Initié en juin 1997 au Kunstmuseum de Bonn, le projet P.O. BOX est constitué aujourd’hui d’un réseau d’expositions itinérantes auquel ont déjà participé 6 musées et plus d’une quarantaine d’artistes. L’idée est d’offrir, quel que soit le lieu, la possibilité de voir les œuvres dans des conditions identiques.

P.O. BOX

Le point de départ, commun aux artistes participants à la proposition P.O. BOX, est de créer une œuvre dans une boîte aux dimensions d’un postpack. Dans chaque musée du réseau est installé, pendant un an, un meuble identique pouvant contenir six boîtes qui circulent par voie postale. Ainsi, chaque mois une boîte est remplacée par une nouvelle et le public retrouve régulièrement une production différente.

Ce sont les responsables des musées qui procèdent aux choix des artistes, lesquels se plient aux contraintes imposées par la boîte: dimensions réduites, une des surfaces en plexiglas translucide et une petite ouverture circulaire impliquant une vision monoculaire. Les artistes élaborent donc un concept spatial destiné à un point de vue unique et dont ils ont défini eux-mêmes les rapports d’échelles.

Grâce au caisson lumineux qui constitue le haut du meuble, il est possible de voir dans chaque ville les œuvres dans des conditions similaires. Le visiteur peut ainsi prendre une boîte dans le meuble et y coller son œil pour regarder. Certains artistes ont joué de cette appréhension physique, comme Gianni Motti qui a misé sur la surprise du poids, d’autres, comme Teresa Hubbard & Alexander Bichler, ont préféré se substituer au regard du visiteur et se servir de la boîte en tant qu’ap-pareil photographique, une sorte de mémoire visuelle des lieux d’expositions visible sur Internet. Plus intéressé par l’illusion spatiale et le concept de circulation de l’objet, Stephane Magnin a opté pour la découverte par le détail d’une série d’images tirées de couvertures de livres.

Dans cette proposition évolutive que constitue P.O. BOX, l’idée de rassembler et de montrer des œuvres dans des boîtes n’est pas nouvelle. L’intention d’exposer des œuvres en minimisant l’impact et la mise en condition de l’espace d’installation est même un leitmotiv du travail de Sulpiz Boissérée, qui a créé ce projet en collaboration avec l’artiste genevois, Joël Mützenberg. Tous deux ont eu pour souci d’évincer le rôle subjectif du curator et, ainsi, toute préoccupation de mise en place des créations dans le lieu du musée. Pour les artistes, le support et les dimensions de l’œuvre sont fixés par la boîte. Pour les organisateurs, la complexité et l’ambivalence d’un espace d’exposition à l’autre sont abolies par la présence du meuble. C’est une façon très simple de préserver une forme d’intimité entre l’œuvre et le visiteur. En dégageant le regard des influences extérieures, l’expérience perceptive domine et ce n’est, en quelque sorte, que ceux qui ont plongé leur ?œil’ dans la boîte qui connaissent l’œuvre. L’originalité du concept est qu’il instaure également une dynamique communautaire en mettant en place une structure d’échange. Les boîtes circulent, mais également des commentaires d’auteurs, à travers un fichier qui accompagne le meuble. Le projet est appuyé par la tentative d’une intervention sur Internet, malheureusement pas encore suffisamment argumentée. Peut-être approchons-nous d’une démarche qui enrichit et affirme, un peu sousforme de jeu, les rapports de communication entre le public, les artistes et leur production.


Le projet P.O. BOX est né d’une rencontre entre un organisateur d’exposition et un artiste genevois. Sulpiz Boissérée, né en 1957 à Cologne, est historien d’art et monte des expositions depuis 1983. Joël Mützenberg, né en 1969 à Genève, est surtout reconnu pour ses dessins et ses performances. Le projet P.O. BOX a débuté en juin 1997 à Bonn (Kunstmuseum), Francfort (Portikus), Gand (Stedelijk Museum voor Actuele Kunst) et Bâle (Museum für Gegenwartskunst); en mars 1998 Villeurbanne (Institut d’art contemporain) et Genève (Mamco) ont également participé à ce réseau d’expositions. Parallèlement aux œuvres des artistes se développe une publication de textes sous forme de fichier et sur Internet à l’adresse http://www.sgg.ch/p.o.boxLe projet P.O. BOX sera réalisé jusqu’à l’an 2000, puis l’ensemble des boîtes et leur contenu sera archivé et accessible au public, à Genève jusqu’à 2050.

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