Editorial

Editorial

Editorial

L''artiste s''engage

Dans un monde où trop souvent la diffusion commande la production, il est difficile de susciter une forme d’engagement dans l’art. Garder l’esprit lucide, face à une période quipréconise une mondialisation à tout crin, reste de l’ordre du courage. Avec un peu d’attention, pourtant, on observe aujourd’hui tout un développement artistique qui pose un regard politique sur notre société, un regard croisé sur nos rapports à la collectivité et sur la création contemporaine. Ce n’est pas un art engagé pour convaincre mais un discours en désaccord avec les critères de notre époque. Une production qui empoigne le monde en s’affranchissant des lois ordinaires, et en particulier de la logique du profit.Devenir un artiste a été pour Thomas Hirschhorn un engagement, ses «étalages» présentés à la Biennale de Venise, récemment à Paris, ou son parcours retracé dans Wall Documentation (1995), actuellement au Musée d’art et d’histoire de Genève, montre sa manière d’être face au monde qui l’entoure, un peu comme un soldat parti en mission. Pour Casa Factori l’engagement a pris la forme d’une revue murale. Des affiches créées par cette association d’artistes, basée à Marseille, sont régulièrement placardées dans diverses villes en France, en Allemagne, au Maroc et même en Palestine.Ces interventions, travesties sur le mode du langage publicitaire, proposent une lecture de ville, des rapports sociaux et des liens politiques qui s’y déploient. Aux thèmes de l’exil, de l’identité de l’individu, se mêlent ceux de la guerre, des visées économiques mondiales et du problème de l’échange. Comme l’avait déjà suggéré Wittgenstein, ce ne sont pas les objets qui créent le monde, mais leur intervalle. Le plan artistique permet de faire parler et d’écouter ceux qui, à l’écart des discours globalisants, dans le respect de la différence, réussissent à engager notre réflexion.

 

Author(s)
Nadia El Beblawi

Advertisement