Manifesta 5

Hüseyin Alptekin

Hüseyin Alptekin

Olivier Zabat

Olivier Zabat

Fokus

Marta Kuzma et Massimiliano Gioni ont demandé à Lawrence Wiener de baptiser la Biennale dont ils sont les commissaires. Un titre insistant sur une signature pleine d?«intention». Mais quelle est-elle? Pour nous aider, quasi vingt sous-titres... Retenons ici «Bipolar City», «Ruins in reverse» et «Staged Matrix».

Manifesta 5

With all due intent

San Sebastian (ou Donostia), le premier site de la Manifesta 5, est une vitrine du tourisme balnéaire basco-hispanique. Le second, Pasajes (ou Pasaia), une petite ville portuaire industrialisée et déprimée, l´une des plus pauvres de la région.

La «bipolarité» n´est donc pas seulement linguistique - en terre basque, toute chose à deux noms - mais aussi environnementale. Passer d´un site à l´autre coûte peu grâce au train régional, mais l´écart entre les réalités socio-économiques est impressionnant. À la sortie de la gare de Pasaia, un chemin piétonnier aux hauts murs bétonnés et couverts de graffitis. Hüseyin Alptekin y a installé des enseignes lumineuses signalant d´hypothétiques hôtels. «Hostal Pasaia (Capacity/Capacities 7: Hospitality)» interfère avec les ruelles du vieux Donostia, pullulant d´établissements hôteliers. Plus loin, dans la zone portuaire, la «Casa Ciriza», ancien entrepôt nettoyé pour l´occasion. Une réhabilitation lancée par l´Office of Alternative Urban Planning, fondé par le Berlage Institute de Rotterdam. Ce laboratoire architectural invité par la M5 a par ailleurs proposé un projet de développement urbanistique à long terme pour la ville et ses environs, prolongeant la Biennale au-delà des expositions.

«Ruins in reverse» pourrait donc suggérer la «Casa Ciriza» et quelques travaux qui y sont présentés: par exemple les protagonistes filmés par Olivier Zabat dans «1/3 des yeux - Miguel et les mines», des hommes et des femmes traumatisés par les conflits armés. Mais le sous-titre évoquerait surtout Ondartxo, un chantier naval abandonné au centre de la baie de Pasaia. L´installation de Jan de Cock à l´intérieur et sur le toit du bâtiment, une structure modulaire imposante cadrant les angles de vue, invite à la contemplation romantique d´un paysage industriel et naturel, délabré et sauvage.

«Staged Matrix» titre l´essai publié par Kuzma dans le catalogue de la Biennale (ISBN: 84-609.1348-1). Sous-tendue de références constructivistes et adorniennes, une volonté d´architecture se manifeste, entre les travaux exposés, le lieu de leur présentation et le contexte politique, basque et national. À San Sebastian, les oeuvres ont été réparties «thématiquement» entre le Koldo Mitxelena (centre culturel et bibliothèque municipale au centre de la ville bourgeoise), le Kubo Kutxa Kursaal (énorme cube moderniste sur le bord de mer) et le Museo San Telmo (ancien monastère du 16e siècle, aujourd´hui musée ethnographique dans le vieux quartier de la ville). Si le premier regroupe des oeuvres «parlant de la rupture entre le passé et le futur» (MK), les films de Sven Augustijnen traitant d´aphasie en sont le meilleur exemple. Dans le second espace, les oeuvres «répondent à l´architecture monolithique de Moneo et à l´idée de déplacement» (MK), avec entre autres, le documentaire remarquable du couple judéo-palestinien Eyal Shivan et Michel Kheifi «Route 181», qui, en 4 heures et demie, explore la frontière crée par une résolution de l´ONU en 1947. Au fil des interviews des personnes rencontrées en chemin, se révèle l´influence d´un environnement construit sur l´élaboration des identités. Finalement, San Telmo est dédié à «une analyse de ce qu´est l´identité nationale, et ce qu´il y a d´endémique en elle» (MK).

On reproche à la M5 de s´être contenté d´une cinquantaine d´artistes, dont certains de plus de 35 ans (mais l´Europe, ne vieillit-elle pas?). Le film ou la vidéo, dont le visionnement implique une certaine disponibilité de temps, est le médium choisi par la moitié des artistes invités. M5 n´est donc pas aussi désoeuvrante que ce que l´on pourrait croire. Le choix d´intégrer dans la programmation Marcel Broodthaers ou quelques films de Jan Bas Ader est certes discutable. Autant que la pertinence de certaines autres pièces ou le «spleen updated» que revendique Gioni dans son texte d´introduction au catalogue, «This wild darkness» qui, décidément, reste bien obscur.

Jusqu'à 
29.09.2004
Institutionen Pays Ville
Manifesta 5 Espagne San Sebastián
Auteur(s)
Donatella Bernardi

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