Construire une école en mouvement

Jean-Pierre Greff, directeur

Jean-Pierre Greff, directeur

Bâtiment de l&acuteEsba

Bâtiment de l&acuteEsba

Fokus

Il y a quelques semaines, de nombreux encarts dans la presse informaient de l´ouverture d´un concours pour l´attribution de 10 postes de professeurs au sein de l´ESBA (École des beaux-arts de Genève). Alors que le nom du nouveau directeur de l´école, auparavant directeur de l´École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, commençait à peine à devenir familier, tout semblait indiquer que Genève s´offrait une cure de remise en forme de son enseignement artistique. Une rencontre Jean-Pierre Greff s´imposait.

Construire une école en mouvement

«J&acuteai choisi de venir ici. Vu de France, Genève est perçue comme un des espaces culturels les plus actifs de la francophonie. Il y a dans cette ville un passage en un lien continu de la scène alternative à la sphère institutionnelle, ce qui est très rare. L&acuteESBA est partie prenante de cet ensemble. C&acuteest une école prestigieuse avec son histoire, ses forces vives, des moyens, des exigences et une ambition.»

La campagne de nominations de cet été ne marque pas une rupture dans la vie de l&acuteécole. Elle donne toutefois clairement le ton d&acuteune ambitieuse réorientation. Si la plupart des mises au concours correspondaient à des postes existants, trois postes ont été réellement créés, dont un découle du choix personnel du directeur de renoncer à un adjoint.

Plus de six cents candidatures, issues de Suisse en majorité et de nombreux pays européens, sont parvenues. «J&acuteai été surpris par le nombre des candidatures pour des postes aussi exigeants. Les annonces insistaient sur le fait que nous cherchions à offrir des postes d&acuteenseignement importants à des artistes en pleine progression dans leur travail personnel. Je voulais à tout prix éviter la dichotomie, de plus en plus perceptible dans notre domaine, entre des artistes enseignants ayant quasiment renoncé à leur pratique propre et des artistes invités à faire acte de présence au sein d&acuteune école. C&acuteest une utopie peut-être mais c&acuteest ma manière de penser l&acuteécole.» Prônant un esprit collégial, le directeur a travaillé à la rédaction des cahiers des charges avec le conseil de l&acuteécole (organe nouvellement créé, regroupant une quinzaine de professeurs et des étudiants), et mettait sur pied pour chaque poste un jury différent incluant des acteurs de la scène artistique genevoise et suisse. «Cette logique de dialogue, s&acuteinscrit en faux face à l&acuteidée d&acuteune école sanctuaire et me laisse espérer que l&acuteécole participe au rayonnement de la scène artistique genevoise en train de se constituer depuis les dix dernières années.» La diffusion médiatique de la mise au concours des postes a été, quant à elle, la plus large possible, pour «éviter un recrutement basé sur l&acuteunique valeur de la proximité que se soit géographique ou personnelle.» Au résultat, même si quelques décisions semblent avoir étés difficiles à prendre, les candidats retenus ont fait l&acuteunanimité des jurys. «Nous n&acuteavons fait aucun choix de complaisance.»

À la rentrée, les étudiants pourront donc compter sur quatorze nouveaux enseignants et un nouvel artiste invité en première année. Hormis l&acuteeffet d&acuteannonce suscité par ces évènements, le réseau de liens renouvelés avec les institutions artistiques locales permet d&acuteores et déjà au directeur d&acuteannoncer des futures activités interdisciplinaires: la tenue d&acuteun cycle de six conférences «Art et musique, contemporains» et un vaste colloque «Art contemporain et cinéma». En outre, l&acuteESBA diffusera plusieurs collections de publications, théoriques et livres d&acuteartistes. Les auteurs des premiers ouvrages de la collection, co-éditée avec Héros-Limite, «Courts lettrages» sont déjà connus: Carla Demierre, Denis Martin et Sébastien Dicentaire, prolongeant ainsi le travail d&acuteanciens étudiants de l&acuteécole y ayant entamé un travail d&acuteécriture.

Son ambition affirmée, le directeur reste conscient de l&acuteimportance des futurs enjeux. «Une école est quelque chose qui n&acuteest jamais fait. C&acuteest une formule «chimique» qui nécessite un élément catalyseur, un directeur, mais c&acuteest une chose fragile et en perpétuel mouvement.»

Auteur(s)
Samuel Gross

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