Le Centre de la photographie, Genève

Delphine Kreuter · Sans titre, 1998

Delphine Kreuter · Sans titre, 1998

Jo Lanlsey & Helen Bendon · The longest Day, 1997, photographie couleur 60 x90 cm, coll. particulière

Jo Lanlsey & Helen Bendon · The longest Day, 1997, photographie couleur 60 x90 cm, coll. particulière

Fokus

En 1984, regrettant la fermeture de la dernière galerie genevoise consacrée à la photographie, un groupe de photographes et de collectionneurs fondaient le «Centre de la photographie, Genève». Soutenu par une association, subventionné par la Ville de Genève, le Centre a nommé une nouvelle directrice, Pauline Gygax qui, depuis le mois de février dernier, lui donne une nouvelle actualité.

Le Centre de la photographie, Genève

Reprendre aujourd’hui un «Centre de la photographie» avec son histoire et son insertion dans le paysage culturel – présente des atouts mais aussi des difficultés. Que Pauline Gygax analyse avec une lucidité qui ne tempère pas sa volonté d’avancer, d’annoncer des choix repositionnant le Centre, sans renier les intérêts qu’elle porte à la photographie. Etre lié «par définition» à un médium n’est-il pas une limitation paradoxale face à la liberté manifeste des artistes qui s’accordent la possibilité de travailler un médium n’excluant aucun autre selon un projet spécifique? Renversant la difficulté, la prenant même comme un trempolino, Pauline Gygax pour qui la notion de «matériau» n’est pas monolithique, veut axer son travail sur une réflexion initiale du support photographique. Et justement, à l’heure où le médium photo n’est plus réservé aux seuls photographes mais est travaillé par les artistes, où se fait le procès des images digitales alors que tout un chacun multiplie les prises de vues mémorielles. Réfléchir à ce qu’est le support c’est d’abord prendre en compte ce qu’est la photographie, en tant que médium relationnel: sa proximité, sa rapidité de lecture (en un premier temps tout au moins), son côté «cheap» comme sa spécificité d’être utilisée par tout le monde. Pour autant ce n’est pas se cristalliser sur l’aspect technique et formel. C’est, au contraire, être une plate-forme de réflexion ouverte sur la, ou plutôt les pratiques de la photographie. Et c’est, pour la responsable du Centre, créer un espace qui (en partie grâce à sa structure légère) peut être mutant, flexible, rapide, autrement dit capable d’être en exploration permanente et s’aventurer sur les territoires que découvrent et mettent en place les jeunes artistes.Pour qui perçoit les artistes comme des personnes créant des relations entre les signes, s’attacher à ceux qui utilisent la photographie (en ignorant foncièrement les castes historiques «photographe-photographe», «artiste-photographe») n’est guère contraignant et restrictif. La vraie question souligne, Pauline Gygax, est de travailler sur ces signes dans leur positionnement socio-culturel et politique. Tant que cela fait sens. Sens avec le lieu, sens avec le contexte. Cette attitude participe aussi d’une volonté de défétichisation de l’image, de l’aborder, la décortiquer sans l’alourdir du poids de toute l’histoire de la photographie. Et laisser place ouverte à ce qui peut surgir lorsqu’elle est maniée par de jeunes artistes. Loin de prétendre à en présenter une vision exhaustive, Pauline Gygax veut affirmer des choix dont elle souhaite qu’ils puissent être révélateurs du questionnement de la photographie lorsque celle-ci s’inscrit dans le champ du réel. Sa programmation attirera donc notre attention, en premier lieu, sur les jeunes artistes sans exclure dans la présentation de leur travail d’autres modes d’images – vidéo voire sonores – pour autant que ceux-ci participent avec cohérence de la globalité de la démarche de l’artiste.Cette orientation n’éliminera pas la possibilité de montrer ponctuellement les oeuvres d’artistes connus et confirmés. Ce sera d’ailleurs le cas dès cet automne avec l’exposition de Henry Bond mais en s’attachant à montrer le moins spectaculaire de ce travail pour en souligner les aspects les moins connus, plus subtils qui peuvent permettre d’appréhender ses images dans leur singularité et d’en évaluer différemment les enjeux.


Prochaines expositions:«Fukei Rensaku», Anna Kanai, du 29 mars au 6 mai.«Ex-Austria» (titre provoire), Rainer Ganahl, Axel Huber, Harald F. Müller, du 31 mai au 29 juillet.Henry Bond, du 31 août au 7 octobre.

Publicité