Marcher, penser, dessiner et... s''associer (à l''esba)

Pascal Robert · Tunnel (détail de la projection vidéo), 2003

Pascal Robert · Tunnel (détail de la projection vidéo), 2003

Collectif 1.0.3., 100-Titres, 2003

Collectif 1.0.3., 100-Titres, 2003

Fokus

L’École supérieure des beaux-arts de Genève attend d’accéder au nouveau statut de Haute École Spécialisée. Mais la créativité n’attend pas. Sous l’impulsion
de trois professeurs et d’artistes invités, une trentaine d’étudiants, dans le cadre de workshops thématiques, ont travaillé sur les notions toujours actuelles d’environnement, d’objet, de territoire. Ils livrent le résultat de leurs investigations en trois expositions successives.

Marcher, penser, dessiner et... s''associer (à l''esba)

«L’école d’art offre à l’étudiant un cadre qui lui permet d’oser de nouvelles directions, de se surprendre lui-même, et même de faire des erreurs?», relève Jean Stern. Forte de nombreux appuis et relais dans le monde de l’art professionnel, l’esba est en outre la seule école en Suisse à ne former que des artistes (Beaux-arts et cinéma). L’étudiant accède à un enseignement varié, alliant théorie et pratique, et a la possibilité de cumuler les expériences d’atelier. «En faisant appel à des intervenants extérieurs, nous souhaitons stimuler le partage des connaissances», note Pierre-Alain Zuber. Chaque intervenant définit une ligne de travail, liée à ses propres recherches d’artiste; il supervise les recherches, et expose ensuite quelques travaux en compagnie de ceux des étudiants. Sous le titre «Walking, Thinking, Drawing?», Frank Sciarone a souhaité que «?l’imagination des étudiants se porte sur le contexte environnemental actuel». Le résultat est excellent. Dans les quatre salles d’exposition du sous-sol de l’esba, baptisé «bh9», Timo a installé une estrade, l’a recouverte d’un tapis d’orient, et y a arrangé un dispositif comprenant un moniteur vidéo, un fauteuil (en cuir) et un bloc de béton de la taille d’une table de nuit. Un petit film retrace les incidents consécutifs au maniement de ce dernier en pleine ville de Genève: voiture et mur légèrement? endommagés. Adrienne Scherrer a mis à profit un retour en train jusqu’à son domicile pour prendre quelques clichés du paysage (nocturne), à intervalles réguliers, depuis la banquette de son compartiment. La bonne centaine de vues est présentée sur un support unique, en quadrillages serrés. Voici un haïku de Claire Goodyear:

bus 5 / 2 regards obliques / 14 manteaux noirs et 3 verts / 1 beige / 1 gris

Il y en a pour chaque jour de la semaine, dans de petits papiers pliés blancs. Pascal Robert, qui présente une vidéo, a posé sa caméra dans l’axe de l’entrée d’un tunnel étroit aux parois blanches. Un jeune homme y court d’un bout à l’autre, sous un éclairage de néon. Des ombres régulières sont projetées, que l’on voit pourtant diminuer sous l’effet de la perspective. On entend des cloches. À son retour, le jeune homme percute la caméra. Le film s’interrompt.

L’espace «bh9» est géré par les étudiants durant toute la durée des expositions. L’art y est vécu comme une chose naturelle, nécessaire. Des connivences s’établissent, des affinités se révèlent, des projets communs prennent forme. Un petit groupe s’est constitué autour de la revue «airbag», dont le premier numéro a été édité en mai 2002. Petite explication sur son titre et sa philosophie: «Il est facile de dire que la revue était dans l’air. Ce nouveau courant amène d’autres temps, obligeant une certaine lenteur, voire l’arrêt! Un contresens si l’on pense au rythme toujours plus rapide qu’impose le quotidien jusqu’à se perdre dans un accélérateur pour une existence quasi instantanée» (Pascale Favre). La revue s’inscrit parfaitement dans l’esprit d’engagement communautaire propre aux avant-gardes passées. Assisterait-on, au 9, boulevard Helvétique, à quelque retour d’utopie? Gilles Lipovetsky nous met en garde: «L’individualisme postmoderne se branche dans des collectifs, dans des associations, mais toujours selon le principe de l’autonomie personnelle» («Culture Pub», entretien avec Nicolas Riou). Il n’en demeure pas moins que les collaborations menées prennent de la consistance, et que les jeunes artistes ayant terminé leurs études à l’esba continuent à se voir, à s’associer.

Auteur(s)
Gauthier Huber

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