Ces papiers qui nous intéressent?

«Point d'ironie» publication dirigée par agnès b. et Hans Ulrich Obrist plié au format A2, gratuit, tiré à 20.000 exemplaires chaque numéro donne carte blanche à un artiste invité 33 numéros ont paru, de Jonas Mekas à Philippe Parreno, Yoko Ono, Claude Closki,

«Point d'ironie» publication dirigée par agnès b. et Hans Ulrich Obrist plié au format A2, gratuit, tiré à 20.000 exemplaires chaque numéro donne carte blanche à un artiste invité 33 numéros ont paru, de Jonas Mekas à Philippe Parreno, Yoko Ono, Claude Closki,

«Pacemaker» trimestriel gratuit publié par ToastinK, Paris, Eva Svennung, Alexis Vaillant co-produit par le Centre d?édition contemporaine, Genève plié au format A5, gratuit, tiré à 7000 exemplaires le 5e numéro a paru en juin 2004 pacemaker@toastingagency.org

«Pacemaker» trimestriel gratuit publié par ToastinK, Paris, Eva Svennung, Alexis Vaillant co-produit par le Centre d?édition contemporaine, Genève plié au format A5, gratuit, tiré à 7000 exemplaires le 5e numéro a paru en juin 2004 pacemaker@toastingagency.org

Fokus

La forme de ces journaux au format avoisinant le A2 n'était pas franchement nouvelle, il existe une vraie «tradition» de ces feuilles, imprimés sur un papier léger de préférence, pratiquement pliés, distribués gratuitement, usant des réseaux les plus simples de la distribution. Sans trop de circonvolutions gratuites, pourrait-on tisser une filiation jusqu'à Dada et ses tracts.

Ces papiers qui nous intéressent?

circuit, Pacemaker, Point d'ironie, le Journal et autres

En tout état de cause, il est permis de penser que, avec des moments forts et des périodes plus discrètes, la circulation de ces «papiers» n'a guère été interrompue depuis les années soixante. Durant cette décennie, dans la mouvance Fluxus, face aux vastes manifestations artistiques qui se développaient, un grand nombre d'artistes ont mis en sourdine la production d'oeuvres et ont cherché à échapper au système du marché en inventant de nouveaux modes de diffusion de leur travail: par des moyens pauvres. Du timbre poste à la carte postale, des pages dactylographiées ou manuscrites aux dessins originaux, réflexions et poèmes, une multitude de pages ont été expédiées. Un envoi entraînait une réponse, les adresses s?échangeaient: un réseau imprévisible, vivant, simple, s'est ainsi créé. Il est, par exemple, tout à fait passionnant de relire l'un des ces petits «journaux», qui a paru entre 1978 et 1981 (cinq numéros, me semble-t-il, ont été édités), «Mèla» lancé par «Zona» (Maurizio Nannucci et quelques artistes associés) à Florence. Le mélange des genres, si agréablement inattendu, est parfait. À chaque numéro, une pléiade d'artistes livrent textes, dessins, interventions graphiques qui trouvent place sur une très grande feuille simplement pliée. Efficace, la distribution par les réseaux d'espaces alternatifs permettait aux 500 exemplaires de se trouver à New York comme à Sidney, à Toronto comme à Stockholm ou Genève. Dans cette ville d'ailleurs, «Écart», disposant d'une imprimerie, tirait ses diverses productions qui inventaient des moyens de communication élargissant les horizons du discours visuel ... et du sens. À la fin des années soixante «l'idée la plus partagée était de faire des oeuvres hors du contexte institutionnel [...] et dans un esprit très Fluxus (d')affirmer que l'art peut se faire n'importe où et n'importe comment» (John M Armleder). Les productions se sont multipliées avec, toujours, l'idée de «faire simple», vite, économique, des exemplaires variés, toujours inventifs, jamais répétitifs.

La surabondance a peut-être fini par noyer l'intérêt et ces publications se sont par la suite raréfiées. Les flyers, fanzines ou autres papillons ont largement perdu de leur créativité. Ne restait de ce mode de vie alternatif que le côté «vite fait» mais malheureusement, pour beaucoup, sans grand intérêt.

Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, on voit réapparaître un certain nombre de ces «journaux» aux collaborations décomplexées, s'inspirant plus ou moins, et avec un bonheur inégal, des procédures lettristes ou situationnistes. Ils sont le résultat de collaborations de styles différents voire opposés. Artistes et auteurs usent de ce support dans un joyeux mélange de fiction et de réel. On a autant affaire à la critique d'art en phase avec son temps qu'à des mouvements d'humeur qui se targuent d'un «parler» jeune, parfois franchement maniériste. Par ricochet, d'ailleurs, des galeries et lieux d'art diversifiés ont adopté cet objet de papier et d'images, débordant le traditionnel carton d?invitation, pour nous informer de leurs activités. J'aime à penser que dans la somme des parutions qui nous passent dans les mains et sous les yeux, ces «papiers libres» peuvent avoir plus de poids que leur grammage. Par leur parcours visuel, l'originalité de leur choix, leur trait d'esprit, leurs détournements, l'individualité de leurs réflexions, leur qualité imaginative et plastique, le dynamisme des rapprochements et des collaborations et... l'intérêt de leur contenu. Ce fût le pari des «inserts» pensés et réalisés par «circuit» et que nous espérons poursuivre avec d'autres artistes dans un avenir proche.

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